moskenes.be

Jef Van Staeyen

le tulipier ❧

 

J’ai un beau tulipier devant ma fenêtre. Au printemps, il portait de jolies fleurs. Après quoi il a gardé sa robe verte.
Puis est arrivée une vague de chaleur. Nous, les humains, nous nous sommes plaints. Avons réclamé plus de fraîcheur. Le tulipier aussi, il a souffert: des centaines de feuilles ont jauni ou bruni.
Enfin, la fraîcheur est arrivée, la pluie, le vent, la tempête. Nous avons oublié la chaleur. Sur le tulipier, il ne reste plus qu’une seule feuille morte. Une feuille brunie sur cet arbre vert. Et de nouvelles fleurs et feuilles se forment partout.

Rien que dans notre petit pays, le virus du corona a provoqué la mort de dix-mille personnes. Parfois plusieurs centaines par jour, maintenant sept. Sauf un rare nom, un seul mort, nous les avons tous oubliés. Les masques nous gênent, pas les morts.

post scriptum
Parfois, quand il y a beaucoup de vent, le tulipier, revivifié, vient frapper à ma fenêtre. Quand il souffrait de la chaleur, affaibli, il ne l’a jamais fait.

la Bourse de commerce à Anvers ❧

 

 

Quand la vieille bourse d’Anvers (de 1515) dans la Hofstraat était devenue trop petite, une plus grande bourse, en style gothique tardif, fut construite en 1531-1532 sur un terrain à la rencontre de quatre rues (Twaalfmaandenstraat, Israëlietenstraat, Borzestraat et Korte Klarenstraat). Détruite par un incendie en 1583, elle fut immédiatement reconstruite. Après de vifs débats, elle reçut une couverture vitrée de conception moderne en 1852-1854, qui brûla toutefois en 1858. La deuxième reconstruction, de 1868 à 1877, s’est faite selon un projet néo-gothique inspiré du bâtiment original. Elle combine, elle aussi, une architecture ancienne (la galerie) avec un couverture contemporaine.
La bourse d’Anvers a servi de modèle à celles de Londres, Amsterdam, Rotterdam et Lille. Mais une de ses caractéristiques architecturales et de n’avoir presque pas de façades. Le projet de reconstruction élaboré en 1858 prévoyait la création d’une place entre la Meir (rue principale de la ville) et la bourse, mais cette idée ne fut jamais mise en œuvre.

Le marché boursier anversois fut fermé en 1997 et transféré à Bruxelles, et les autres activités (bals, foires, manifestations politiques…) durent s’arrêter quand le bâtiment fut fermé à cause des risques d’incendie. Après vingt ans de vacance, le bâtiment vient d’être entièrement renové, et accueille désormais un hôtel et un lieu d’événements, ce qui réduit toutefois les possibilités pour le visiter.

Cliquez ici ou sur la photo.

la douche comme mode de voyage ❧

douchekraan in Vermont

 

Jusqu’en 1979, je ne savais pas ce qu’était une douche.
Mais alors, j’ai participé à un voyage aux États-Unis avec de jeunes architectes et étudiants, quinze jours d’architectures et d’autres plaisirs de New Haven à Washington, via Long Island, New York et Philadelphie. Nous conduisions des belles américaines, dejeûnions aux snacks, dinions dans d’immenses diners, et couchions dans des motels dont les salles de bains avaient de puissantes douches (showers). Des douches dans lesquelles on n’entre pas sans se protéger. Jusque là je n’avais connu que les tièdes averses des douches européennes. J’ai commencé à aimer la douche, et abandonné le bain.

Mais il n’y a pas que pour l’eau, pour sa force ou éventuellement sa faiblesse, que les douches restent une expérience quand on est en voyage. La robinetterie aussi peut réserver des surprises. On ne sait jamais si l’eau chaude viendra de tout près ou de loin — dans quel cas il faudra attendre longtemps —, ni si elle sera tiède, chaude ou brûlante. Et quand en plus on ne sait avec quel bouton et comment on commande cette eau chaude, il ne reste qu’à essayer. Et puis attendre.
Ensuite, quand après un premier baptême d’eau bienfaisante, on veut se savonner et, pour ce faire, fermer les robinets, on est incertain de réussir à obtenir la même température quand il s’agira de se rincer.
Beaucoup d’eau, trop d’eau se perd ainsi, et ils est étonnant qu’une installation faite pour recevoir tant de visiteurs différents, soit aussi difficile à comprendre et utiliser.
Mais pour un touriste, ça reste sur son voyage une expérience de plus.

Ces dernières années, j’ai pris en photos quelques robinets. De certains (la plupart?) je ne sais plus comment ils fonctionnaient, à quel bouton et dans quel sens il fallait tourner ou pousser, et pour obtenir quoi. Il ne faut d’ailleurs pas oublier que certains robinets d’eau chaude s’ouvrent vers la droite plutôt que la gauche, qu’ils peuvent se trouver placés à droite — avec l’eau froide à gauche — ou qu’un plombier ou un exploitant peu regardant peut avoir inversé les couleurs.

Cliquez ici ou sur la photo.  [La série de douches se conclut avec quelques lavabos, et des musées.]

un peu d’histoire

C’est en 1937 qu’Alfred M. Moen (dont le nom figure sur un des robinets mélangeurs,page 4) a créé la single-handed mixing faucet (le robinet actionné d’une seule main), qu’aux États-Unis on considère comme un des produits majeurs de l’histoire du design industriel — en fait le prototype des robinets mélangeurs qu’on trouve désormais dans de nombreuses cuisines, sur de nombreux lavabos et dans certaines douches. Mais il a dû attendre dix ans, jusqu’en 1947, avant de trouver un concitoyen à Seattle, industriel et co-investisseur, pour le produire en quantité.
[Le robinet de la page 4, portant la marque Moen, est toutefois différent, et plus difficile d’emploi. Il est moins génial que l’invention initiale. D’ailleurs, quand on regarde leurs collections actuelles, nombreux sont les robinets moins performants, mais choisis par une clientèle qui préfère l’aspect “esthétique”.]

Le robinet mitigeur thermostatique avec deux boutons tournants (un à chaque extrémité: température et quantité; exemple page 10), et qui est plus précis et plus sûr — car il conserve la température quand on ferme l’eau — date toutefois de 1911 déjà, quand il fut créé par un réparateur d’horloges et électricien (!) Frederick C. Leonard à Providence (Rhode Island). Il fut d’abord installé dans les hôpitaux et les salons de coiffure, et a dû attendre l’après deuxième guerre mondiale pour être introduit en Europe par Grohe et Delabie.

Pour Alfred M. Moen comme pour Frederick C. Leonard on raconte qu’avant de créer leur robinets, il leur était arrivé de se brûler à une eau trop chaude (ou s’être plaints d’une eau trop tiède). Les entreprises qu’ils ont créées existent toujours.
Je n’ai pu découvrir l’histoire des autres robinets.

 

un tournant aux Beaux-Arts à Lille

En mars 2019, j’ai publié sur ce site un texte déjà plus ancien, mécrochages aux Beaux-Arts à Lille, où je critiquais quelques choix d’accrochage, dans ce musée que j’aime visiter tant pour l’ambiance qui y règne que pour la beauté de ses collections.
L’accrochage qui m’irritait le plus était celui de la Descente de Croix de Rubens, dont la vision était fortement gênée par les reflets d’une fenêtre de la salle adjacente. Tant en 2014 qu’en 2019, je m’étais adressé aux responsables du Musée, qui a l’occasion avaient partagé mon avis: nous savons que le tableau de Rubens “La descente de croix” n’est pas bien positionné et nous envisageons de lui procurer une nouvelle place afin de permettre une meilleure appréciation de l’œuvre.

Retournant au musée ce jeudi 16 juillet (2020), je fus agréablement surpris de constater qu’on avait amélioré l’accrochage du tableau, lui accordant une place équivalente (et donc aussi solennelle), mais dans la salle suivante, à l’abri des reflets.

Certes, la disposition actuelle est provisoire, pour un événement open museum music #6, qui justifie ou explique l’installation d’un carousel musical au centre de la salle. Mais le directeur du musée, qui passait par là, et que j’ai interrogé à ce sujet, m’a déclaré qu’on est très satisfait du nouvel emplacement, et qu’on compte le garder. Je m’en réjouis.
[Il m’a d’ailleurs fait comprendre qu’un nouvel accrochage pourrait être réalisé pour les tableaux hollandais, qui constitue un autre point de mon texte de mars 2019.]

Le tournant des fauteuils ne me passionne pas particulièrement — ni pour la couleur, ni pour le mouvement — mais il me plaît d’imaginer que cet aménagement disparaîtra, laissant le tableau à son nouvel emplacement.

 

Mais pourquoi, ce Rubens?

Ce détail, ce traitement pictural de la robe de Marie-Madeleine, est une des raisons pour laquelle je retourne souvent voir ce tableau.
Ce qui de loin se présente comme des matières très riches et précieuses apparaît de près comme quelques simples traits de peinture, astucieusement positionnés.

« Older posts

© 2020 moskenes.be

Theme by Anders NorenUp ↑