Jef Van Staeyen

Auteur/autrice : Jef Van Staeyen (Page 26 of 61)

Two Solitudes, Hugh MacLennan

Mon séjour à Montréal [en octobre 2018] m’a apporté beaucoup de bonheurs, grands et petits. Parmi ces derniers, le hasard, la sérendipité d’avoir trouvé chez The Word à Milton Street le livre Two Solitudes de Hugh MacLennan. Ce roman connut un grand succès et obtint le Prix du gouverneur général lors de sa sortie en 1945. Il raconte l’histoire d’une famille montréalaise, canadienne française, déchirée entre francophones et anglophones, de 1917 à 1939.

Je donne ici l’appréciation de la Canadian Encyclopedia (extrait):

Despite this success, critics have long debated the merit of his work. Many have endorsed Wilson’s [un critique] early praise; others have argued that the didactic aspect of MacLennan’s fiction forces the stereotyping of characters, the predominance of the authorial voice, and reliance on outdated Victorian techniques of narrative and structure. Still others see Hugh MacLennan as overly ambitious in subject matter; especially in his treatment of French Canada is his lack of firsthand experience an artistic drawback. However, almost all critics have singled out MacLennan’s skill in descriptive writing, whether of episode, action or natural landscape.

Certes, tout ça est vrai, ou presque. Le style est traditionnel (pourquoi pas, d’ailleurs ?) : un auteur omniscient fait évoluer plusieurs personnages dont il connaît les sentiments et les pensées dans un espace et un temps chronologique qu’il maîtrise et décrit. Et dont il connaît l’aboutissement, le livre ayant été publié en 1945 alors que l’histoire s’arrête en 1939, lors de la mobilisation. Ces personnages sont nombreux, et leurs caractères ne sont pas tous aussi développés les uns que les autres (“the stereotyping of characters”).
Effectivement, cela tranche avec le roman psychologique, plus moderne, développé à partir de la fin du 19ème siècle, où l’auteur nous familiarise avec les profondeurs d’âme d’un seul personnage (avec lequel parfois il se confond), et se concentre sur la perception du temps, de l’espace et des personnages secondaires par ce seul personnage principal. Et ça tranche avec les chronologies bouleversées, les ruptures de style, les chocs de perspectives auxquels les productions plus récentes nous ont habitués.
Dans Two Solitudes, les conflits (des idées, des sentiments…) sont donc davantage des conflits entre les personnages que dans les personnages mêmes.
Et, si quelques personnages (francophones ou anglophones, d’ailleurs) manquent de profondeur, ça laisse beaucoup de place pour les autres.
Le contenu est donc très riche.

Hugh MacLennan est aussi, me semble-t-il (mais qui suis-je, lecteur européen du début du 21ème siècles), très fort dans la description du Canada et de ses (différentes) mentalités: la perception de soi, de la « race » à laquelle on appartient, et des autres.

Mais surtout, (surtout !), les descriptions du territoire, des paysages, du climat, du temps et des saisons, et des façons dont les gens y vivent sont superbes, vraiment superbes. Ça vaut la peine (plutôt le plaisir) d’être lu et relu.

Puis, il y avait (pour moi, canadien très occasionnel) aussi du plaisir à entendre (ou lire) certains noms, ou reconnaître certains lieux. Même si un des lieux essentiels du roman, à savoir la paroisse de Saint-Marc, à l’Est de Montréal, est fictif. Fictif mais vrai.
Outre, bien sûr, Sherbrooke Street ou Saint-Catherine Street ou Jacques Cartier Bridge, etc., etc., il y a par exemple Durocher Street (où habite un des personnages), et le Lake Memphremagog (où une autre personnage va peindre, mais doit abandonner à cause des moustiques). Lieux qui me sont connus et/ou que j’ai visités tout récemment.

Enfin, pour ce qui est du contenu, MacLennan décrit excellemment comment les gens se construisent des prisons, des prisons pour les pensées, pour les sentiments et pour les comportements, des prisons pour eux-mêmes comme pour les autres.
Mais c’est là que que la conclusion du livre me déplaît quand-même: si MacLennan voit bien toutes ces prisons, celles de la religion, de la « race », de la famille, de l’image qu’on veut donner, de la respectabilité, etc., il y a d’autres prisons, d’autres formes de soumission qu’il semble ignorer: celle de la mobilisation pour (re)partir à la guerre — qui doit signifier la réconciliation avec le nouveau pays, le Canada, une vision en fin de compte très canadienne-anglaise —, et celle de la femme qui abandonne ses talents (artistiques ou autres), qui va vivre pour ceux de son mari — il écrit un roman — , et dont ce mari rêve de la voir cueillir des roses dans le jardin.

Mais ces quelques réserves finales n’enlèvent rien (ou très peu) à l’intérêt et au plaisir du bouquin.

 

(adaptation d’un message écrit en novembre 2018)

Lille en photos ❧

 

J’ai regroupé ici (et parfois complété) quelques séries de photos au sujet de Lille, qui jusque-là se trouvaient à différents endroits de ce site web.

   Une quarantaine de photos de Lille, très diverses.

   Une trentaine de photos de la vieille ville.

   Pour les jours de forte chaleur, un peu de fraîcheur hivernale dans la citadelle de Lille.  J’ai choisi de laisser la légère grisaille sur les photos, plutôt que d’augmenter les contrastes et de rendre la neige lumineuse, afin de mieux représenter la faible luminosité de cette période de l’année quand les ciels sont chargés.

   La Plaine Churchill (ma promenade quotidienne au travail).

 

Deux petites séries: un ballet de machines pour la réfection de la rue du Magasin dans le Vieux-Lille, et le déguisement du clocher de l’église Saint-André.

* * *

quelques séries plus anciennes

EURALILLE-novembre_1994   Euralille, novembre 1994 (9 photos)

Euralille-1993.001   les origines insoupçonnées d’Euralille: delirious Montana !

141231-Jardin_des_Geants.001   Le Jardin des Géants. Ce jardin voisine les bureaux de la Métropole Européenne de Lille:  un jardin de surprises. (14 photos)

121128-ebeniste   un ébeniste à Lille (3 photos, novembre 2012)

Le_Fresnoy.001   Le Fresnoy (Tourcoing),  Pictures of some exhibitions  (8 photos)

  La villa Cavrois, à Croix, (14 photos). Lisez aussi ce commentaire.

   Le village de Bouvines, près de Lille, également connu pour la bataille éponyme de 1214, et pour son église monumentale avec ses vitraux-en-bande-dessinée.

  Plus discutable, découvrez comment Lille organisait ses “parking days” à la citadelle (photos: septembre 2014).
Fort heureusement, cette solide tradition locale (“on aime tellement la nature qu’on y gare nos voitures”) a pris fin il y a quelques années.
La première page, avec le commentaire, est en néerlandais, mais vous comprendrez de quoi il s’agissait.

Adam Smith ❧

Pour les lecteurs éventuellement moins familiers de la langue anglaise: Smith (ou blacksmith) veut dire forgeron, parfois maréchal-ferrant. Les noms Smith, Smits, Smet, Desmedt, Schmidt sont fréquents en Anglais, Néerlandais ou Allemand, comme le sont en français Maréchal et Ferrant.

Compiègne, le camp de Royallieu ❧

mémorial de l’internement et de la déportation

 

Compiègne est en quelque sorte un concentré de l’histoire de France. C’est à Compiègne (près de la gare actuelle) qu’en 1430 Jeanne d’Arc fut faite prisonnière par des Bourguignons, qui l’ont vendue aux Anglais. C’est dans la forêt de Compiègne (la Clairière de Rethondes) que furent signés les armistices de Novembre 1918 et (la revanche d’Hitler) Juin 1940. C’est dans cette même forêt que se trouve le château de Pierrefonds, construit au 14ème siècle pour le duc Louis d’Orléans, démantelé au 17ème siècle et reconstruit, plus vrai que vrai, entre 1858 et 1885, par Eugène Viollet-le-Duc sur ordre de l’empereur Napoléon III. [En 1832, les ruines romantiques du château avaient également permis d’exprimer les rêves belges de la royauté française; c’est là que le roi Louis-Philippe a offert un banquet pour célébrer le mariage de sa fille Louise avec le premier roi des Belges, qui venait d’être couronné l’année précédente.] Et c’est dans la ville même que se trouve le Palais de Compiègne, ancienne résidence royale et impériale, qui a pris sa forme actuelle au 18ème siècle, dernier avatar d’une série de châteaux royaux d’une ville toujours très appréciée et fréquentée par les rois de France, dès le 5ème jusqu’au 19ème siècle.

Mais Compiègne, c’est aussi, en limite de la ville, le camp de Royallieu, Mémorial de l’internement et de la déportation.
Je me souviens d’avoir lu, sur place, des fragments de l’origine royale, plus ancienne, de ces lieux— une villégiature? — mais je n’en retrouve rien. Toujours est-il qu’en 1913 fut créée à Royallieu une caserne militaire, que dès le mois de Juin 1940 et la défaite française l’armée allemande a utilisée pour regrouper des prisonniers de guerre. À partir de l’année suivante (Juin 1941) ce Frontstalag 122 est devenu un ‘camp de concentration permanent pour éléments ennemis actifs’ et une réserve d’otages: des prisonniers politiques, des Résistants, des Juifs, des ressortissants étrangers, et des civils pris dans des rafles. Quelque 45 000 personnes ont transité par ce camp avant d’être déportées vers les camps de concentration ou d’extermination nazis. Très peu en sont revenues. C’est à partir de Royallieu, seul camp d’internement en France à avoir été  sous autorité allemande dès le début de la guerre, qu’en mars 1942 un premier convoi de mille Juifs est parti vers Auschwitz-Birkenau. Une trentaine d’autres convois ont suivi.

Il a fallu attendre 2006 et la fermeture de la caserne pour voir naître dans trois bâtiments préservés (sur les 25 initialement présents) le Mémorial de l’internement et de la déportation. Un monument commémoratif s’y trouvait déjà. Sa visite, extrêmement sobre au regard de l’horreur de ces lieux, se complète utilement de celle de la gare de Compiègne, où sur une voie latérale sont installés deux wagons de déportation.

Voici quelques images du camp de Royallieu.

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