Jef Van Staeyen

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trésor de la langue française

chers amis francophiles,

Il m’a fallu du temps pour découvrir ce joyau. Cette perle. Ce bijou. Cette pépite de la langue française.
C’est un article du Monde du 19 mars — Réforme du calcul de l’APL [aide personnalisée au logement]: le cauchemar des agents de la CAF [Caisse des allocations familiales] — qui m’a fait tomber dessus: la contemporanéisation.
En bref, il s’agit de calculer le montant des aides mensuelles (aujourd’hui l’APL, demain aussi d’autres) sur les données les plus récentes. Alors que dans le passé c’étaient les revenus de deux ans plus tôt qui servaient de référence. Maints ménages et maintes personnes se sont fait piéger par ce mode de calcul, dont la suppression fera aussi — qui s’en étonnerait? — quelques économies au budget de l’État.

Il faut penser que les têtes d’œuf, c’est-à-dire les consultants qui ont conseillé l’État — car c’est le consultant qui conseille, et celui qui cherche des conseils qui consulte… sauf en médecine, où la consultation est bidirectionnelle quand le patient consulte un médecin qui consulte… —, après avoir mûrement réfléchi, se sont laissé tomber la tête fatiguée sur le clavier de leur mac au moment où il s’agissait de trouver un nom pour la chose. Il en est résulté une incompréhensible succession de suffixes, produisant le substantif contemporanéisation, véritable piège orthographique, sans oublier son incommensurable imprononçabilité. Je suppose alors que les agents de la CAF, et autres personnes martyrisées par le calcul des aides, se cassent la tête (la leur, et parfois celles des autres) quand il s’agit de contemporanéisationner.
À l’imparfait du subjonctif, ça doit donner: je ne m’imaginais pas que nous contemporanéisationnassions autant.

Je précise toutefois que le verbe contemporanéisationner n’existe pas encore. À mon avis, il ne manquera pas d’apparaître, vu la tendance à créer de nouveaux verbes en “tionner” chaque fois qu’un problème se présente (qu’un verbe initial semble oublié, ou trop difficile à conjuguer), ou pour signaler un léger décalage de signification. Pensons à solutionner, révolutionner, questionner, positionner, voire acquisitionner et libérationner.
À l’inverse, il n’est pas impossible que dans les services, on parle plutôt de la contempoSi vous avez un instant, madame, je vous fais votre contempo!

Mais la véritable perle, je l’ai trouvée ailleurs. On comprend que dans la contemporanéisation, il s’agit d’accorder les temps — pour qu’ils concordent —, de les synchroniser: le temps du revenu et celui de l’aide. Or, ce n’est pas facile, ce qui a conduit, il y a quelques années déjà, à décaler les temps, à repousser la réforme, à l’ajourner, retarder ou postposer, à la reporter — la langue française a plus de verbes pour reculer que pour avancer; on postpose partout mais ne prépose qu’à la poste —, c’est-à-dire au report de la contemporanéisation, comme on pouvait lire dans ce joli titre sur le site web de l’USH (uëssache).

Plutôt que de report, je serais tenté, pour ma part, de parler de temporisation:  la temporisation de la contemporanéisation.
Évitons néanmoins d’envisager une contemporanéisation temporisationnée.

ouinnez le French Language Award

Voici la short list lilloise pour le famous French Language Award, avec des compétiteurs nationaux et publics (la French Bank de La Poste — ‘so fresh, so French’ est une de ses base-lines, particulièrement performing), associatifs (l’école de danse de Lille) et privés (des real estate asset managers).
On remarquera en passant que la French bordélique est rousse (mais, rassurez-vous, d’autres personnages féminins et masculins qui ornent les affiches-sucettes et les films teasing semblent avoir des cheveux chatain). J’ignore par ailleurs si la French Bank est 100% mobile ou 100% mobile [mau-bail-le]. C’est un service de la Banque Postale, dont le nom ne sonne pas assez français.

 

 

Long live the French language!

apologie

Jeudi 29 mars, une “militante de la cause animale” (ainsi que la présente la presse) a été condamnée à sept mois de prison avec sursis pour “apologie de terrorisme” pour avoir écrit sur Facebook, le 26 mars, je cite “Ben quoi, ça vous choque un assassin qui se fait tuer par un terroriste? Pas moi, j’ai zéro compassion pour lui, il y a quand même une justice” (fin de citation). Son message faisait suite à l’attentat du 23 mars à Trèbes, qui a fait quatre morts, parmi lesquels le boucher du supermarché visé. Ainsi que le rapporte >Le Soir (de Bruxelles) le jour du verdict.

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plaisirs de la langue — Tortilla Flat ❧

The feeling in the house was the feeling of a rock when the fuse is burning in toward the dynamite.

“We have been his friends for years. When he was in need, we fed him. When he was cold, we clothed him.”
“When was that?” Pablo asked.
“Well, we would have, if he needed anything and we had it. That is the kind of friends we were to him. And now he crushes our friendship into the ground for a box of big candy to give to an old fat woman.”
“Candy is not good for people,” said Pablo.

“If thou wert a little more charitable with thy wine, these things would not happen.”

J’ai eu grand plaisir à lire Tortilla Flat de John Steinbeck: le plaisir de la langue, des sons, des mots et des phrases.

J’ai lu le livre trois fois. Une première pour le plaisir pur. La seconde un crayon à la main, en quête de citations et d’extraits, et avec un dictionnaire pour les mots que lors de ma première lecture j’avais préféré ignorer (cutting squid, quixotic, aeredales, drawn lashes, he broke mules…). Et une troisième pour vérifier. Avec autant de plaisir.

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