Jef Van Staeyen

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75 000

Jusqu’au dimanche 22 mars (2026) un monument nomade qui commémore les 75 000 Palestiniens tués par Israel à Gaza, dont les noms sont connus et dont les dépouilles ont été trouvées, est exposé dans l’ancienne école de commerce de la De Vrièrestraat 36 à Anvers. Ce monument nomade est une initiative d’un collectif d’artistes de La Haye, ville qui héberge le Palais de la Paix.
Le monument itinérant avec ses colonnes en feutre et ses 75 000 traits a la forme de la bande de Gaza et est posé sur un plan de ville de La Haye (avec le Palais de la Paix), qui rappelle aussi l’étroitesse du territoire habité par 2,2 millions de Gazaouis. Les listes avec les noms sont posées à coté du monument.

Le monument nomade est accompagné par la Hope Foundation qui travaille avec des artistes et des enfants à Gaza depuis 33 ans.

La présence du monument nomade cadre aussi dans l’exposition we refuse_d dans le MuHKA (Musée d’art contemporain d’Anvers, jusqu’au 7 juin), qui réunit 15 artistes dont les pratiques explorent le refus, l’endurance et l’action, et interrogent ce que signifie persévérer, résister et créer dans des conditions de silence, de censure et de déplacement. Certains murs du MuHKA sont restés vides, les œuvres n’ayant pu quitter le Moyen Orient à cause de la guerre.

VHILS au MIMA à Molenbeek ❧

 

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Si tout va bien, Molenbeek sera en 2030 capitale européenne de la culture  — Louvain a bénéficié d’une visite papale et Namur est capitale tout court.
Actuellement, sur le plan culturel Molenbeek-Saint-Jean (en nombre d’habitants la onzième commune du pays, comparable à Bruges, Louvain, Namur et Mons) est surtout le MIMA, le Millennium Iconoclast Museum of Art, ouvert en 2016 sur le site de la brasserie Bellevue — à ne pas confondre avec le centre Wiels, cette autre brasserie, à Forest. Or le MIMA fermera ses portes le 5 janvier 2025.
Il est donc temps d’y aller, surtout que la dernière exposition du MIMA, appelée Multitude, est de l’artiste portugais Alexandre Farto, aka VHILS.

VHILS travaille avec des matériaux-supports existants, panneaux d’affichages, murs enduits, antennes paraboliques… dont il enlève localement, suivant un dessin précis, les couches supérieures souvent de couleur blanche, mettant à jour les couleurs plus vives qui se trouvent dessous. Ce faisant, il produit au couteau (pour les affiches) ou au marteau-piqueur (pour les enduits et les antennes) des portraits ou des paysages urbains aux couleurs hasardeuses. Cette méthode a quelque ressemblance avec les dessins sans ambition artistique qu’enfants, nous réalisions avec des crayons wasco et de la peinture noire ou — plus professionnellement — avec la technique des sgraffiti utilisée par les artistes et architects de l’Art Nouveau.

travaux routiers

Je ne doute pas que les responsables du MIMA aient de bonnes raisons pour fermer le musée, mais ils mettent en avant les importants travaux routiers qui réduisent son accessibilité. Je formule quelques questions et réflexions.

  1. Quand on voit les travaux, on n’échappe pas à l’impression qu’ils ont comme but, plus que comme effet, de gêner l’accès. Même la passerelle en face du musée est fermée.
  2. Moyennant un détour, le musée reste bien accessible aux piétons et cyclistes. Les travaux ne doivent surtout pas vous empêcher d’y aller.
  3. À côté du musée, il y a un hôtel. Va-t-il fermer aussi?
  4. Si l’on ferme tous les lieux bruxellois dont l’accessibilité laisse à désirer, il ne restera pas grand’chose.

Toutefois, comme les travaux routiers sont une raison conjoncturelle et temporaire, on peut espérer une réouverture après.

 

en supplément: le KewLox parmi les escaliers
Cet étonnant escalier, un assemblage de marches individuelles (en fonte?) se voit au MIMA.

Eggum ❧

 

(modifiée le 4 février 2024)

Avec ces photos, je vous amène à Eggum, sur l’île de Vestvågøy en Norvège. Aux Lofoten. Latitude nord 68,2982°, longitude est 13,6289°. Depuis 1992 s’y trouve l’œuvre Hode (tête) de l’artiste suisse Markus Raetz (1941-2020).

En 1989, la province de Nordland, dont les Lofoten font partie, a pris l’initiative de faire réaliser une sculpture dans chacune de ses 44 communes: le Skulpturlandskap Nordland. En 1999, on dénombrait 33 sculptures de natures très diverses, réalisées par des artistes de pays aussi divers. Trois sculptures supplémentaires ont été réalisées entre 2009 et 2015.

Avec son socle en granit, Hode mesure 178 cm. La tête est en fer. Il faut la regarder de près, en faire le tour, pour comprendre. Markus Raetz montre comment un objet, comment le monde peut être différent selon l’angle sous lequel on le regarde,
Le plus magique, c’est pourtant le lieu. La petite sculpture — y compris le cou, la tête mesure une trentaine de centimètres — se confronte à son vaste environnement. Celui-ci comprend la mer de Norvège, ou Norske havet, qui s’étend jusqu’au Groenland, plus de mille kilomètres plus loin, où elle s’appelle Grønlandshavet, et les monts des Lofoten. Ceux-ci ne sont pas très hauts, mais impressionnants par leurs formes. Entre ces monts se dessine une cuvette, large d’environ un kilomètre et profond de deux, remplie d’un lac, le Nedre Heimredalsvatnet. L’espace observable est donc des milliers, non des millions de fois plus grand que la petite sculpture, mais c’est celle-ci qui domine l’immense espace. La sculpture — ou plus exactement: l’artiste — montre comment ce qui est petit peut être grand et puissant, et tranformer profondément son monde — et celui de l’observateur. Et elle montre comment in fine c’est dans la tête des gens — les observateurs, attentifs ou non — que se crée le paysage. Un paysage n’existe pas en soi, il existe parce qu’on le regarde, avec ses yeux d’humain, parce qu’on l’observe, parce qu’on le compare aux paysages qu’on connaît, et parce qu’on lui accorde un sens et le lie à des émotions. Il y a beaucoup à voir à Hode.

De 1994 jusqu’à récemment, Hode a également été exposée au MUba (Musée des Beaux-Arts) de Tourcoing, ensemble avec quelques autres œuvres de Markus Raetz. Je l’y ai vue dans une petite salle, pas plus grande qu’une chambre à coucher. En 2012, le MUba a consacré une exposition et un catalogue à l’artiste.

Je me demande si Raetz a conçu Hode spécialement pour Eggum. Je pense — et espère — que oui. En tous cas, comme tous les artistes ayant œuvré pour le Skulpturlandskap Nordland, il a choisi le lieu où elle a été inplantée.

Cliquez ici, de Moskenes à Senja, juin 2023, pour voir de nombreuses images des Lofoten et découvrir d’autres interventions artistiques. On y trouve aussi quelques projets artistiques et architecturaux que l’administration nationale des routes, le Statens Vegvesen a réalisés.

 

Enfin: j’avais presqu’oublié de vous souhaiter une belle et heureuse nouvelle année.

 

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