Jef Van Staeyen

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nouveau monde — le Québec 2007 ❧

 

 

Voyager — est comme vivre.
On découvre le monde — sans y faire attention.
Avant même qu’on ait tout compris — le voyage est fini.

 

C’est avec ces quelques lignes, et sous la devise « Le Québec, c’est super-fun et méga-cool », qu’en 2007, au retour de notre voyage au Québec et à Montréal, j’ai démarré la rédaction d’un album nommé “nouveau monde — de finité et d’infinité”.
Une réalisation quelque-peu hybride, avec d’abord, en 60 pages, une description du Québec et le récit de notre voyage, et puis, dans une quarantaine de pages, quelques réflexions, ou essais, que le Québec et le voyage m’ont inspirés. Avec comme sujets le pouvoir et le marché, puis des hommes et des frontières et enfin les migrations transatlantiques au départ d’Anvers.

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1982, quand un jeune étudiant en droit public modifia la Constitution des États-Unis ❧

Ces derniers jours nous ont permis de nous étonner une nouvelle fois du système électoral états-unien. Ne parlons pas des primaires, déjà oubliées, mais des élections présidentielles mêmes avec leurs grands électeurs et leurs processus de comptage qui durent et perdurent.
Ce système est pourtant simple à comprendre, si l’on se place dans la perspective des treize États qui à la fin du XVIIIème siècle devaient se mettre d’accord sur une structure politique commune.

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Two Solitudes, Hugh MacLennan

Mon séjour à Montréal [en octobre 2018] m’a apporté beaucoup de bonheurs, grands et petits. Parmi ces derniers, le hasard, la sérendipité d’avoir trouvé chez The Word à Milton Street le livre Two Solitudes de Hugh MacLennan. Ce roman connut un grand succès et obtint le Prix du gouverneur général lors de sa sortie en 1945. Il raconte l’histoire d’une famille montréalaise, canadienne française, déchirée entre francophones et anglophones, de 1917 à 1939.

Je donne ici l’appréciation de la Canadian Encyclopedia (extrait):

Despite this success, critics have long debated the merit of his work. Many have endorsed Wilson’s [un critique] early praise; others have argued that the didactic aspect of MacLennan’s fiction forces the stereotyping of characters, the predominance of the authorial voice, and reliance on outdated Victorian techniques of narrative and structure. Still others see Hugh MacLennan as overly ambitious in subject matter; especially in his treatment of French Canada is his lack of firsthand experience an artistic drawback. However, almost all critics have singled out MacLennan’s skill in descriptive writing, whether of episode, action or natural landscape.

Certes, tout ça est vrai, ou presque. Le style est traditionnel (pourquoi pas, d’ailleurs ?) : un auteur omniscient fait évoluer plusieurs personnages dont il connaît les sentiments et les pensées dans un espace et un temps chronologique qu’il maîtrise et décrit. Et dont il connaît l’aboutissement, le livre ayant été publié en 1945 alors que l’histoire s’arrête en 1939, lors de la mobilisation. Ces personnages sont nombreux, et leurs caractères ne sont pas tous aussi développés les uns que les autres (“the stereotyping of characters”).
Effectivement, cela tranche avec le roman psychologique, plus moderne, développé à partir de la fin du 19ème siècle, où l’auteur nous familiarise avec les profondeurs d’âme d’un seul personnage (avec lequel parfois il se confond), et se concentre sur la perception du temps, de l’espace et des personnages secondaires par ce seul personnage principal. Et ça tranche avec les chronologies bouleversées, les ruptures de style, les chocs de perspectives auxquels les productions plus récentes nous ont habitués.
Dans Two Solitudes, les conflits (des idées, des sentiments…) sont donc davantage des conflits entre les personnages que dans les personnages mêmes.
Et, si quelques personnages (francophones ou anglophones, d’ailleurs) manquent de profondeur, ça laisse beaucoup de place pour les autres.
Le contenu est donc très riche.

Hugh MacLennan est aussi, me semble-t-il (mais qui suis-je, lecteur européen du début du 21ème siècles), très fort dans la description du Canada et de ses (différentes) mentalités: la perception de soi, de la « race » à laquelle on appartient, et des autres.

Mais surtout, (surtout !), les descriptions du territoire, des paysages, du climat, du temps et des saisons, et des façons dont les gens y vivent sont superbes, vraiment superbes. Ça vaut la peine (plutôt le plaisir) d’être lu et relu.

Puis, il y avait (pour moi, canadien très occasionnel) aussi du plaisir à entendre (ou lire) certains noms, ou reconnaître certains lieux. Même si un des lieux essentiels du roman, à savoir la paroisse de Saint-Marc, à l’Est de Montréal, est fictif. Fictif mais vrai.
Outre, bien sûr, Sherbrooke Street ou Saint-Catherine Street ou Jacques Cartier Bridge, etc., etc., il y a par exemple Durocher Street (où habite un des personnages), et le Lake Memphremagog (où une autre personnage va peindre, mais doit abandonner à cause des moustiques). Lieux qui me sont connus et/ou que j’ai visités tout récemment.

Enfin, pour ce qui est du contenu, MacLennan décrit excellemment comment les gens se construisent des prisons, des prisons pour les pensées, pour les sentiments et pour les comportements, des prisons pour eux-mêmes comme pour les autres.
Mais c’est là que que la conclusion du livre me déplaît quand-même: si MacLennan voit bien toutes ces prisons, celles de la religion, de la « race », de la famille, de l’image qu’on veut donner, de la respectabilité, etc., il y a d’autres prisons, d’autres formes de soumission qu’il semble ignorer: celle de la mobilisation pour (re)partir à la guerre — qui doit signifier la réconciliation avec le nouveau pays, le Canada, une vision en fin de compte très canadienne-anglaise —, et celle de la femme qui abandonne ses talents (artistiques ou autres), qui va vivre pour ceux de son mari — il écrit un roman — , et dont ce mari rêve de la voir cueillir des roses dans le jardin.

Mais ces quelques réserves finales n’enlèvent rien (ou très peu) à l’intérêt et au plaisir du bouquin.

 

(adaptation d’un message écrit en novembre 2018)

plaisirs de la langue — Tortilla Flat ❧

The feeling in the house was the feeling of a rock when the fuse is burning in toward the dynamite.

“We have been his friends for years. When he was in need, we fed him. When he was cold, we clothed him.”
“When was that?” Pablo asked.
“Well, we would have, if he needed anything and we had it. That is the kind of friends we were to him. And now he crushes our friendship into the ground for a box of big candy to give to an old fat woman.”
“Candy is not good for people,” said Pablo.

“If thou wert a little more charitable with thy wine, these things would not happen.”

J’ai eu grand plaisir à lire Tortilla Flat de John Steinbeck: le plaisir de la langue, des sons, des mots et des phrases.

J’ai lu le livre trois fois. Une première pour le plaisir pur. La seconde un crayon à la main, en quête de citations et d’extraits, et avec un dictionnaire pour les mots que lors de ma première lecture j’avais préféré ignorer (cutting squid, quixotic, aeredales, drawn lashes, he broke mules…). Et une troisième pour vérifier. Avec autant de plaisir.

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