Jef Van Staeyen

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75 000

Jusqu’au dimanche 22 mars (2026) un monument nomade qui commémore les 75 000 Palestiniens tués par Israel à Gaza, dont les noms sont connus et dont les dépouilles ont été trouvées, est exposé dans l’ancienne école de commerce de la De Vrièrestraat 36 à Anvers. Ce monument nomade est une initiative d’un collectif d’artistes de La Haye, ville qui héberge le Palais de la Paix.
Le monument itinérant avec ses colonnes en feutre et ses 75 000 traits a la forme de la bande de Gaza et est posé sur un plan de ville de La Haye (avec le Palais de la Paix), qui rappelle aussi l’étroitesse du territoire habité par 2,2 millions de Gazaouis. Les listes avec les noms sont posées à coté du monument.

Le monument nomade est accompagné par la Hope Foundation qui travaille avec des artistes et des enfants à Gaza depuis 33 ans.

La présence du monument nomade cadre aussi dans l’exposition we refuse_d dans le MuHKA (Musée d’art contemporain d’Anvers, jusqu’au 7 juin), qui réunit 15 artistes dont les pratiques explorent le refus, l’endurance et l’action, et interrogent ce que signifie persévérer, résister et créer dans des conditions de silence, de censure et de déplacement. Certains murs du MuHKA sont restés vides, les œuvres n’ayant pu quitter le Moyen Orient à cause de la guerre.

nouvel an 2026 ❧

IJsselmeer    —     A6, Ketelbrug, septembre 2025

J’aurais aimé vous parler de quelques petites nouvelles dans un monde qui se déglingue. Un arbre dans la ville qui a décidé tout seul où pousser à côté de la route, un banc public sur un arrêt de tramway, enlevé puis replacé, ou une cabine électrique qu’on a décorée comme une serre remplie de plantes exotiques.

Ce n’a pas été possible. L’arbre a été abattu en octobre, le banc public enlevé en novembre et la cabine électrique vandalisée.

Je ne veux pas m’arrêter à ça. Il reste d’autres arbres, d’autres bancs publics et d’autres cabines électriques décorées dans la ville — dans d’autres rues il est vrai. Et tant de choses restent à découvrir.

Avec ces quelques photos de 2025 je vous souhaite une belle année.

les polders de Kruibeke ❧

‘Het Karperhuisje’ (la maison de la carpe) à la ‘Rupelmondse kreek’ (la crique de Rupelmonde)

Après les grandes inondations de 1976, connues pour avoir touché notamment la commune anversoise de Ruisbroek (maintenant une entité dans la commune de  Puurs-Sint-Amands; à ne pas confondre avec son homonyme entre Bruxelles et Hal), les autorités flamandes ont décidé de réaliser un vaste plan pour mieux protéger le bassin de l’Escaut: le plan Sigma. Il consiste à relever la hauteur des digues et des quais et à créer de vastes zones inondables. Au début, on a également envisagé de construire un barrage contre les grandes marées à  la hauteur d’Oosterweel (un peu en aval d’Anvers), mais une telle solution est onéreuse et surtout incertaine. L’idée a été abandonnée, et les nouvelles zones inondables et les hautes digues le long de l’Escaut, de la Durme, du Rupel, de la Senne et de la Nèthe en sont en quelque sorte la “compensation”.  Sur l’Escaut, les inondations trouvent moins leur origine dans les fortes précipitations en amont que dans la Mer du Nord en aval, avec la position de la lune (les vives-eaux des marées) et les vents du Nord-Ouest. C’est ce qui est arrivé en février 1953 (quand la Zélande a été submergée) et en 1976. L’élévation du niveau de la mer (le changement climatique) et le dragage régulier des fonds de l’Escaut (pour la navigation) augmentent les risques, surtout depuis que les autres bras de mer (ou de rivière) du delta de l’Escaut, de la Meuse et du Rhin sont fermés par des barrages. Ce n’est pas un hasard si le nom Sigma renvoie à la fois à l’Escaut (Scaldis) et au Deltaplan des Pays-Bas — ou à la somme Σ d’un grand nombre de projets.

Donner plus de place à la rivière est le principe fondateur d’une démarche qui consiste à créer des Zones d’inondation contrôlée (Gecontroleerde OverstromingsGebieden, GOG) et des zones à marnage réduit (Gereduceerde GetijdenGebieden, GGG). De nouvelles digues sont construites à distance de la rivière et proches des zones d’habitation, où elles sont également réhaussées. Les anciennes digues, près de la rivière, sont partiellement abaissées, de sorte qu’elles peuvent être submergées en cas de grande marée. Des écluses gèrent les apports d’eau. Ainsi se crée un nouveau paysage dans lequel certains sites s’inondent deux fois par jour, mais avec des amplitudes réduites, et d’autres, beaucoup plus vastes, quelques rares fois par an, pour stocker de grandes quantités d’eau. Une approche dont profitent, outre la rivière même, la nature, le paysage et les gens pour leurs loisirs. La Flandre se redécouvre un pays d’eau. D’Anvers à Gand, mais aussi le long du Rupel, de la Durme et de la Dendre se crée un vaste Parc national. Il est unique, à cause de ses marées d’eaux saumâtres et douces. La mer, plus que la pluie définit ce qui se passe dans l’Escaut: à Anvers le courant des marées atteint 3000 m³/sec., alors que celui de l’évacuation vers la mer n’est que de 100 m³/sec., avec des pointes jusqu’à 600.

La plus grande zone d’inondation contrôlée (GOG) du plan Sigma-plan et du Parc national est le polder de Kruibeke sur la rive gauche de l’Escaut, un peu au sud d’Anvers. Ses 600 ha (6 km²) comprennent également des sites à marnage réduit (GOG-GGG). Quand une inondation est attendue, ce qui n’arrive que quelques fois par an, l’accès aux polders est interdit.

Le site offre de nombreuses possibilités de promenade à pied ou en vélo, très différentes les unes des autres: dans des espaces fermés ou au contraire très ouverts, très humides avec de la boue et des flaques ou secs en haut des digues, en bordure des villages — ou de la petite ville de Rupelmonde, où se trouve un moulin à marées — ou avec vue sur les usines et chantiers de la rive droite, d’Hoboken à Schelle. On accède aux polders par le bus 93 qui relie la rive gauche d’Anvers à Rupelmonde (et puis Temse (Tamise) et Sint-Niklaas (Saint-Nicolas)), avec le traversier d’Hoboken ou d’Hemiksem ou avec le waterbus (bateaubus). Une curiosité quand-même, en tous cas dans le contexte flamand, il n’y a ni cafés ni restaurants — on les trouve dans les villages ou à Rupelmonde — ce qui permet de ne pas avoir de circulation de voitures. Qui veut avoir l’Escaut avec des cafés et des restaurants doit plutôt se rendre aux environs de Temse (Tamise) ou dans le Petit-Brabant (Bornem et Puurs-Sint-Amands).

En 2016, lors d’une promenade en bateau et à pied avec l’association Escaut sans Frontières, j’ai “découvert” le site et le projet. Depuis, j’y suis allé plusieurs fois, mais pas assez. Faudra que je m’y rende plus souvent.

Seize photos des polders de  Kruibeke.

Même les touristes et les touropérateurs étrangers ont découvert le site. Plusieurs fois déjà j’ai vu (et entendu) des groupes de cyclistes étrangers de Boat Bike Tours. “Le paysage près de l’Escaut est sans doute un des sites naturels majeurs de la randonnée” (en huit jours, d’Anvers à Bruges) peut-on lire sur le site web.

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