Jef Van Staeyen

Étiquette : histoires et récits (Page 1 of 4)

le concept hirondelle ❧


J’aime regarder les hirondelles qui dansent le soir au-dessus de la ville. On dirait qu’elles s’amusent. Elles volent et virevoltent, montent et descendent comme sur un grand huit invisible dans le ciel. Mais comment vivent-elles ces cabrioles? Comment se sentent ces oiseaux dont les ailes belles et puissantes sont avant tout des muscles, comme le sont les jambes pour un athlète. Les hirondelles, ont-elles des crampes, souffrent-elles, sont-elles fatiguées?
Ce n’est pas pour le plaisir mais pour se nourrir que les hirondelles montent, planent, se retournent ou plongent dans les airs: la chasse aux insectes. Le paradoxe — ou est-ce l’explication ? — est qu’il y a très peu d’insectes par ici. Peu de moustiques, à peine des mouches, on n’a que des guêpes. Les hirondelles n’aiment pas les guêpes.

Très haut dans le ciel un avion trace des lignes blanches dans le bleu. Il me fait rêver. Je voyage avec lui. Où va-t-il me mener?

L’hirondelle est un concept osé. Pendant sa chasse acrobatique, rapide et exigeante, elle doit attraper suffisamment d’insectes — ces bêtes minuscules — pour faire tourner son propre moteur. Et il n’y a pas que la chasse qui demande du carburant: la construction d’un nid, la parade et la copulation, la ponte des œufs et leur couvaison, et l’alimentation des oisillons (pour lesquels les parents préparent des boulettes d’insectes, une sorte d’hamburgers pourrait-on dire). En automne, les hirondelles partent pour le sud, je pensais qu’elles le feraient en chassant des insectes, trouvés en chemin. Il n’en est rien: ce sont quelques grammes de graisse corporelle qui les nourissent pour des milliers de kilomètres.

Je navigue sur internet. Je ne surfe pas, je ne plonge pas, je plane.

Le bec des hirondelles est très large. Leurs yeux ont une double fovéa (le point capable de distinguer le plus de détails), pour une bonne vue frontale et latérale. Leurs longues ailes et queues leur permettent de changer de direction de vol sans perte d’énergie cinétique. Leur aérodynamisme et leur métabolisme sont très performants. La digestion est très rapide, facilitée par une température corporelle élevée, mais leur vol est économe en énergie. Au repos, leur température redescend. Dans des conditions extrêmes, leur comportement peut se rapprocher de la torpeur. 

Les humains, seraient-ils capables de construire de belles petites machines qui vivent de ce qu’elles mangent en volant?

Anvers, juillet 2026

extra: l’effet d’échelle

En mathématiques et en physique il existe une loi qui est si simple et si évidente que je ne comprends pas qu’on l’enseigne rarement, qu’elle n’a pas vraiment de nom, et que parfois les scientifiques ont cherché longtemps avant de la découvrir.

Cette loi stipule que quand d’un objet, ou en biologie d’une plante ou un animal, on multiplie ou divise les dimensions linéaires par deux, toutes les surfaces de cet objet, de cet animal ou cette plante se multiplient ou se divisent par quatre, et tous les volumes par huit.

Un exemple simple: Imaginons que vous voulez construire une tour Eiffel deux fois plus haute que l’original: 600 mètres au lieu de 300. Vous multipliez toutes ses dimensions par 2: les longueurs, les hauteurs et les largeurs des profils, l’épaisseur des fers (qui sont forgés, ou puddlés) et la taille (dont le diamètre) des rivets. Une telle tour s’écrasera sous son propre poids. Sa masse est multipliée par 8, alors que la résistance à la traction et à la compression de ses pièces n’a été multipliée que par 4.

En biologie, cette loi a des conséquences importantes pour les animaux à sang chaud, à savoir les oiseaux et les mammifères. Leur métabolisme (*) est fonction de leur volume et leur déperdition thermique de leur surface. Voilà pourquoi les animaux les plus petits doivent sans cesse se nourrir: les mulots, les colibris… et donc les hirondelles. Chez les oiseaux, la rapidité du système digestif exige aussi des températures corporelles plus élevées (d’ailleurs protégées par leur plumage).
Cette loi fait aussi qu’il y a des seuils pour la taille des oiseaux et des mammifères, et des plafonds pour celle des insectes (qui respirent par de minuscules trous dans leurs carapaces). Que ça nous rassure: des insectes de la taille des humains ne peuvent exister.
Que les mouches se baladent sur les plafonds et les araignées d’eau (Gerridae) sur l’eau, que les fourmis et les coléoptères portent jusqu’à cent fois leur propre poids et que les brins d’herbes se plient sans se casser, c’est toujours la même loi qui joue.

 

(*) Pour le métabolisme des animaux il y a certes quelques autres éléments en jeu, dont certains restent inexpliqués. L’énergie que les animaux consomment au repos ne sert pas uniquement à compenser les déperditions thermiques (par l’épiderme et la respiration), mais aussi pour l’entretien et le renouvellement des muscles, des os, des intestins et de la graisse… Or, même au repos, les muscles consomment plus d’énergie que ne le font les graisses,…

l’année du siècle

(retrouvé : mes vœux bilingues pour 1999)

m i m

voor één keer wil ik, aleer het nieuwe jaar
in te stappen, eens extra achterom kijken.
———   naar wat geweest is.

en jullie allemaal danken,
voor al die goeie herinneringen.
———   die ik onzorgvuldig bewaar.

en misschien ook «sorry» zeggen, voor de keren
dat ik onnodig gekwetst heb.
———   en dat allang vergeten ben.

er valt nog heel veel te beleven.
we maken het goed.

veel geluk in negen-en-negentig.
———   het jaar van de eeuw.

cette fois, avant de rentrer
dans la nouvelle année,
je veux avoir une pensée, et la dire
———   pour le temps qui nous échappe.

je vous dis tous «merci»
pour les beaux souvenirs.
———   qu’avec nonchalance je conserve.

et «pardon» pour les blessures inutiles.
———   que j’oublie si vite d’avoir faites.

beaucoup de bonheur nous attend
———   encore et encore.
beaucoup reste à construire,
à goûter, et à s’en réjouir.

bonne chance en nonante-neuf
———   l’année du siècle.

 

un urbaniste ne devrait pas dire ça: éloge d’un supermarché

 

Maintenant que j’ai quitté Lille — depuis deux ans déjà —, et que je ne suis plus urbaniste à la MEL (la Métropole Européenne de Lille), je peux vous l’avouer: j’aimais bien aller au supermarché. Surtout celui du Pré Catelan à La Madeleine.

Dans le milieu des urbanistes, les supermarchés, c’est le mal absolu. Pour plusieurs raisons. D’abord pour des raisons de fonctionnement urbain: installés le plus souvent en bordure des villes, bénéficiant de larges accès routiers et de vastes parkings qui détruisent les terres agricoles, ils attirent les chalands qui désertent les commerces de proximité et de centre ville, et qui préfèrent payer sous forme de kilomètres-automobiles les euros qu’ils pensent économiser en prix des produits achetés, parfois en surnombre. Pour des raisons de fonctionnement économique ensuite: les supermarchés et leurs grands frères hypers étant constitués en puissants groupes de distribution, ils sont capables de faire le bonheur et, plus souvent, le malheur des producteurs grands et petits. Ces derniers n’ont d’autres choix que de se plier aux exigences des groupes, ou de devenir grands à leur tour, se fondant dans des ensembles où ils perdent leur identité, leur autonomie et leur capacité d’agir. Pour des raisons de fonctionnement humain enfin: les personnels des magasins, avec qui comme clients on pense si bien s’entendre, étant interchangeables aux yeux des patrons.
Aux dysfonctionnements urbains, les groupes de distribution ont quelque-peu répondu, en inventant et développant sur les villes des supermarchés et superettes de quartier, davantage accessibles à pied et en vélo qu’en voiture. Et certaines villes ont poussé les hypers à revenir dans les centres, avec plus ou moins de succès. Mais les dysfonctionnements économiques et humains demeurent, et les grands projets en périphérie des villes n’ont pas été abandonnés.

N’empêche.
Péché mignon? J’ai fréquenté plusieurs supermarchés, en fidélités successives comme on dit, dans la rue du Bourg à Lambersart, aux Conquérants de la même commune, et enfin au Pré Catelan à La Madeleine. Avec quelques infidélités rue de Paris. Y rencontré année après année (souvent) les mêmes vendeurs, vendeuses, caissières et caissiers. Et acheté à ma satisfaction poissons et fromages, bières, vins et lait, œufs et café, brandade et quenelles. Un certain temps, mes achats hebdomadaires étaient si réguliers qu’il me suffisait de jeter un œil sur le contenu de mon chariot pour estimer, à 5 % près, le prix que j’allais payer en caisse. Je regardais l’éventuel achat de vins ou de café et le prix du fromage, pour pousser mon estimation vers le haut ou le bas.

Et puis, un jour, j’ai décidé d’acheter un cabas sur roulettes et de laisser ma voiture chez moi, pour faire à pied les 1,4 km qui séparaient mon appartement du supermarché. [Rassurez-vous, ça semble beaucoup, deux fois 1400 mètres, mais quand on les fait c’est facile.] Il est vrai que les enfants avaient quitté la maison (où ils habitaient à temps partiels), et que j’avais remplacé l’eau en bouteille par celle du robinet. Ça facilite beaucoup les choses. [L’eau en bouteille et… l’essence étant les principales raisons pour prendre sa voiture quand on fait ses courses.] Aussi, le supermarché en question avait pour ses clients de ces paniers sur roulettes très maniables, auxquels on accroche son propres cabas. Les manœuvres dans les rayons du magasin en devenaient aussi faciles qu’elles sont difficiles avec les grands chariots.

Mes voisins, sachant que j’avais une grosse voiture, se sont étonnés de mon comportement, et pour certains me l’ont dit. Il est vrai qu’en France encore plus qu’ailleurs, se promener avec un cabas à roulettes est un signe de pauvreté. Surtout si l’on sort de son quartier pour suivre des voies à dominante automobile, ce qui était mon cas sur le pont Churchill qui surplombe le périph, entre mon Vieux Lille et La Madeleine. Dans ce pays, ne va à pied avec un cabas que celui — surtout celle — qui n’a pas de voiture, ou dont la voiture est utilisée par le mari, et qui ne peut ou veut se payer le bus.

 

pastèque

Mais où est donc cet éloge? me dites-vous.
Eh bien, en plus du Maroiles et du Vacherin Mont d’Or, des Spätzli et de la Potjevleesch, de la limande ou de la brandade (je radote pour la brandade — goûtez et vous comprendrez), et de la Ch’ti d’chez Castelain, ce qui me plaisait c’était les gens. [Remarquez en passant, qu’ayant une clientèle internationale et interrégionale, ce supermarché était plutôt bien achalandé: la Flandre comme l’Alsace ou la Provence, le Mexique comme le Maghreb.]
Aussi étonnant que ça puisse sembler, les supermarchés favorisent les conversations. Bien qu’ils installent des caisses dites automatiques, avec des self-scan où l’on est moins aidé que contrôlé, ils inventent des tas de raisons pour que les gens passent auprès des caissières/caissiers — ce que ces gens préfèrent d’ailleurs: timbres, vignettes, réductions… tout un tas de petits papiers qu’on prétend vouloir éviter, et qui entraînent de menues conversations. En outre, il y a toujours des produits dont on n’arrive pas à trouver le rayon. On ne les achète pas toutes les semaines, ils font partie de petites gammes — ce n’est pas des yaourts —, et ils se choisissent d’étonnants voisinages où personne ne les attendrait. L’eau déminéralisée, utilisée pour le repassage? Avec les produits pour l’automobile. Les olives en bocaux? Loin des cornichons mais avec les chips et toutes leurs consœurs grignottables, auprès des boissons sucrées. Les chapelures et les farines, les gelées en poudre… trop peu nombreuses pour qu’on y fasse attention. Quant aux “croustades” en pâte feuilletée, ce n’est pas des gâteaux…  Tout ces produits permettent d’interpeller vendeurs et vendeuses, qui vous accompagnent jusqu’au produit recherché, voire vous expliquent les variantes, ou la présence, ailleurs dans le magasin, des promotions. À l’occasion, on peut même aborder un agent de sécurité, qui à travers les rayons semble observer un client: “Pardon monsieur, pouvez-vous me dire où je trouve le sucré vanillé?”
Les vendeurs des rayons à la découpe ou au vrac peuvent être plaisants — ou déplaisants — aussi. Telle vendeuse de fromage, dans un supermarché dont je vous tais le nom, est une publicité vivante pour son rayon. [D’ailleurs, peut-on être pâle et maigre, et vendre fromages, viandes et charcuteries?] Tel(le) autre vous conseille avec gourmandise au sujet des poissons. Mais tel troisième s’obstine à ne pas mettre en cohérence les prix affichés en rayon et ceux des balances, dont les images de fruits et légumes, et donc parfois les prix, sont comme celles d’un jackpot. Enfin, une question me taraude: faut-il vraiment avoir un physique japonisant pour vendre des sushis?

Puis-je vous raconter l’histoire de cette cliente, un jour, qui avec trois gosses dans un chariot à bambins faisait les rayons des fruits et légumes. Elle prit une pastèque, la donna à un des gamins, et dit “rond” et “lourd”, peut-être “vert” et “pastèque”. La pastèque allait de petites mains en petites mains — il n’y avait pas encore de covid. “Rond”, “lourd”, “gros” et “vert”. Elle prit une courgette, montra “long” de sa main et le dit. La courgette, à son tour, allait de mains en mains. Plus tard je la vis aux rayons des tomates — y a-t-elle dit “rouge”?  Peut-être s’est-elle rendue aux choux, ne serait-ce pour les faire sentir. J’ignore si elle a acheté beaucoup de produits — à vrai dire, j’en doute — mais les gamins ont passé un bon moment, plaisant et instructif.

Ce n’est pas tout. Le meilleur est à venir. Car nombreux ont été les amis, les anciens collègues, les personnes perdues de vue — souvent elles-mêmes urbanistes ! — que j’ai croisées dans les allées de ce supermarché si bien situé (et fréquenté…). Certaines rencontres ont été brèves, d’autres longues, voire très longues. Parfois ont inspiré des rendez-vous à venir. Me désintéressant de la température des yaourts dans mon panier, j’ai eu le plaisir — non, le privilège — de mener de longues conversations amicales (as-tu des nouvelles? comment va? et les vacances?), urbanistiques, politiques et même philosophiques entre les rayons de riz et de nouilles, de thons et de cœurs d’artichaut. Cinq minutes, un quart d’heure, vingt minutes, une demi-heure parfois, nous avons pris notre temps pour discuter, pour oublier le contexte, le magasin. Jamais je n’aurais pu avoir de tels échanges dans la boulangerie ou le magasin de presse du quartier. Dans une librairie peut-être, où on a le droit mais pas toujours la place pour traîner. Le supermarché comme agora. Comme rue dans une ville dont les vrais trottoirs sont trop étroits pour s’arrêter.

Le supermarché, espace privé par excellence, est aussi un peu espace public.

 

(ce texte, comme tous les autres sur ce site, est susceptible d’évoluer dans les jours et semaines à venir)

 

Un samedi-matin en septembre 2014, allant au supermarché, cette belle lumière m’a surpris: vue sur le périphérique (boulevard Robert Schuman) à partir du pont de l’avenue Churchill. D’autres photos de Lille se trouvent ici.

au-delà de cette ligne, un autre monde commençait

 

Personne ne remarque cette ligne dans la Nieuwdreef à Merksem, mais pour moi elle est pleine de souvenirs. La chaussée en plaques de béton, sur la gauche, a été réalisée en avril 1957. C’est ce que racontent les dates, tracées dans le ciment. Pour la partie droite, en bitume, je n’ai pas de données précises, mais d’après quelques cartes et photos ça doit être au début des années septante. Pendant plus de dix ans, à droite de cette ligne, là où ne se trouvait pas encore de chaussée, il y avait une haute rangée de peupliers, un peu en biais par rapport à la rue, puis des prairies et des fossés. C’est-à-dire des polders, à perte de vue. Le monde urbanisé dans lequel mes parents avaient construit leur maison en 1952, s’arrêtait net à cent mètres de chez eux. Après, c’était la campagne. On se disait.
Longtemps — jusqu’à mes dix ans? — mon monde s’est limité au jardin, à la rue, aux terrains vagues qui s’y trouvaient — et à l’école, la mer, la famille, les sorties… Ensuite, c’est allé vite, et j’ai découvert cette campagne, ou ce qui en restait dans une ville qui allait se transformer et s’aggrandir à grande vitesse. Les peupliers allaient être abattus, les terrains rehaussés, une rivière — puante, le Schijn — enfermée dans des caissons en béton, personne ne s’en plaignait, les roseaux arrachés, une autoroute internationale construite, de vieux chemins en schiste et en cendres, déjà présents au dix-huitième siècle de la carte Ferraris, rectifiés, assainis, aménagés, et les terrains attenants lotis. Quant aux fermes, je ne sais plus. Et quant aux gitans qui campaient dans le creux d’un chemin, encore moins. Comme si je savais que tout allait disparaître si vite, j’ai sauté sur le grand vélo que je venais de recevoir, pour découvrir cette vieille campagne, ses prés et ses fossés. [Et pour apprendre comment ne pas réparer une chambre à air, comment ne pas monter les freins ou le dynamo, et pourqoui ne pas nettoyer un garde-boue tout en roulant.]
Autant dire que ce ne sont pas les têtards ni les capselles ou autres fleurs des champs qui m’ont le plus intéressé. C’est l’espace qui m’attirait. La liberté de pédaler, et de m’étonner. Une paisible chapelle avec ses arbres — ne me demandez pas si c’étaient des tilleuls, ce n’est que plus tard que j’ai commencé à m’y intéresser. Un ruisseau d’eaux claires, la Laarse Beek, ses courbes, ses voûtes vertes et ses petits ponts. Les voies ferrées et leurs passages à niveau, où un jour un ami mit une pièce de monnaie sur les rails, que nous n’avons pas retrouvée, ni trop cherchée d’ailleurs. Les hameaux, maintenant entourés de villas, et les grands immeubles du quartier Luchtbal, puis le port. Et cet immense pont en acier, qui menait le chemin de fer au-dessus de la vieille chaussée pavée de la Groenendaallaan, juste derrière le pont du Schijn aux eaux lentes, puantes et dégueulasses. J’osais à peine passer par là, et regardais d’abord si par malheur un train n’arrivait — la circulation y est dense, et le bruit vous écrase.
Ensuite, mon horizon s’est élargi, pour d’autres découvertes. Mon attention pour ce petit pays s’est amoindrie.  Quand enfin j’y suis retourné, il n’existait plus. J’y cherche encore des souvenirs.

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