Jef Van Staeyen

Auteur/autrice : Jef Van Staeyen (Page 41 of 61)

l’Escaut ❧

J’aime faire du vélo le long de l’Escaut, m’y promener, ou y faire un tour en bateau.

J’aime l’Escaut. J’aime cette rivière. Elle est belle. Elle est photogénique. Toujours différente, pourtant fidèle à elle-même.
De Tournai à Gand, l’Escaut est architecture, où les arbres de haute futaie s’alignent à pas réguliers le long du trait d’eau. Sur une rive, ou sur deux — voire sur trois quand on voit leurs reflets. Le soleil s’amuse avec les troncs, les branches, le feuillage. Parfois, il trace de longues lignes dans les champs. Voyez ci-dessous l’Escaut, en aval de Tournai.
Après Gand, l’Escaut est nature. On dirait une autre rivière. Peut-etre est-elle une mer, avec ses marées, qui en cinq heures, parfois sept, remontent de Flessingue jusqu’à Melle, de l’embouchure jusqu’à Gand.
Des roseaux et des saules, et des vasières. C’est une rivière qui se cherche, se perd parfois, quand ses marées prennent leur aise, comme dans ses zônes inondables contrôlées. [Où est la poésie, dans ce terme technique? Il y avait pourtant des slikke, des schorre, des boezem, des uiterwaard.]
Une piste cyclable épouse la digue. Une douzaine de bacs piétons, bas sur le fleuve et près de ses eaux, relient ses deux rives, ou franchissent ses affluents, la Durme et le Rupel. La traversée peut être suffisamment longue pour qu’une averse soudaine vous surprenne entre deux rives pourtant également ensoleillées. Mais un quart d’heure de vélo suffira pour vous sécher.
Elles sont délicieuses, ces averses. Peut-être cette rivière bénéficie-t-elle d’une sorte de micro-climat, attire-t-elle la pluie et le soleil. Moins grise que la terre qui l’entoure, et avec bien plus de couleurs. Mêmes ses eaux sombres et ses vases peuvent être riches en nuances, et briller au soleil.

Ce site web comprenait plusieurs albums de photos au sujet de l’Escaut.
Je les ai réunis ici. Parfois je les ai mélangés, pour constituer de nouvelles séries, qui sont géographiques plutôt que thématiques ou chronologiques.
S’y ajoute un bref texte sur les marées, avec un lien vers un site public, en néerlandais >Waterinfo. Les marées sont plus complexes qu’on s’imagine. Saviez-vous qu’il arrive que l’eau coule en montant?

Tounai-Calonne-octobre2008  Un petit avant-goût, entre Tournai et Antoing. Ces sont cinq photos prises en 2008 — beaucoup a changé depuis. A Tournai, remarquez une étonnante construction en béton.

Haut-Escaut-2014-2015  Une deuxième série wallonne, de Tournai à Espierres. Vraiment l’Escaut, avec une architecture faite d’arbres, et une petite église romane à Esquelmes. La plupart des photos ont été prises au printemps 2014, une seule en décembre 2016.

Bossuit  L’église Sainte-Amelberga à Bossuit, sur les bords de l’Escaut, a été transformée par l’artiste britannique Ellen Harvey en espace public d’un genre et d’un attrait particuliers. Elle invite le passant à s’arrêter.

Schelde_bij_Ruien-maart2012  Voici deux séries sur l’Escaut supérieur (dans sa définition flamande: de Bovenschelde), entre Espierres et Gand.
Un premier album “L’Escaut près de Ruien” date de mars 2012, et s’intéresse en particulier à la centrale électrique alors chauffée aux déchets de bois (importés?).

Bovenschelde-fiets-mei2017  Le second album date de mai 2017, soit trois semaines avant la démolition, par explosion contrôlée, de la centrale, à nouveau sur les photos. On voit également un pont Vierendeel (ainsi nommé d’après l’inventeur). C’est le pont du Waterhoek, rendu célèbre en Flandre par le roman de Stijn Streuvels De teleurgang van de Waterhoek (1927, Le déclin du Waterhoek). Le pont actuel date toutefois de 1950.

het_veer_van_Schellebelle  Nous commençons l’Escaut inférieur (ou Escaut maritime, à cause de ses marées) à Schellebelle, le premier — et plus petit? — des bacs. Les photos datent de 2009 et 2011, avant et après la modernisation des installations.

Benedenschelde-fiets-diversedata  Encore de bacs, et des vélos, le long de l’Escaut et de la Durme, ainsi que le Mirabrug (Pont de Mira),qui doit son nom au film éponyme qui y fut tourné en 1970 (d’après le roman de Streuvels “Le déclin du Waterhoek”, voir ci-dessus).

grenzeloze_schelde-Temse-avril2016  Une croisière fluviale avec Escaut sans frontières et la fondation Natuurpunt en avril 2016.  Surtout du côté de Tamise et de Kruibeke.

Scheldedijk-Antwerpen-augustus2012-april2014  La digue de l’Escaut au nord d’Anvers, et l’industrie. 2012 en 2014.

120805-JVS-Doel-De_Schelde  Un commentaire pour une photo — et pour une exposition.

  Une sortie en “waterbus”, janvier 2021, d’Anvers à Lillo.

groot-buitenschoor-augustus2016  Au nord des écluses de Zandvliet et de Berendrecht, nous sommes aux Pay-Bas, devant le Groot Buitenschoor transfrontalier.

Et voici quelques informations et graphiques au sujet de la merveille qui s’appelle Escaut.

 

pourquoi je ne lirai pas “Histoire de la violence” d’Édouard Louis

 

Edouard_LOUIS-Histoire_de_la_violence

Il y a quelques semaines, j’ai acheté et puis lu “En finir avec Eddy Bellegueule” d’Édouard Louis (2014). Remarquable. Par le sujet — plutôt les sujets —, son traitement, son style.
Dans Le Nouvel Observateur (12 janvier 2014), Didier Eribon relevait “la prouesse” que constitue l’imbrication de deux registres linguistiques, pour en déduire que “la réussite littéraire est indéniable” [c’est sur wiki que j’ai trouvé cette citation]. Une appréciation que partage François Bunel (L’Express, 30 janvier 2014; idem wiki] et à laquelle je ne peux que souscrire.
Plus fort: parfois Édouard Louis se risque à un troisième niveau de langage, quand il se place comme observateur, presque sociologue du récit.

Cette lecture fut un encouragement pour en lire davantage: “Histoire de la violence” (2016). Rien que la quatrième de couverture suffit pour convaincre.
Le style est aussi fort, mais la construction trop complexe. Encouragé par les commentaires à juste titre élogieux sur “Eddy Bellegueule”, Édouard Louis doit avoir voulu pousser plus loin la prouesse. Au risque de devenir académique. Il abandonne la chronologie, et change les perspectives. Quant à moi, lecteur, je bute dès le deuxième chapitre (ci-dessus), pourtant démarré plusieurs fois.

L’a-chronologie d’un récit n’est plus chose rare. Le cinéma avec ses flash-back est passé par là. “Purge” (“Puhdistus”) de Sofi Oksanen (2008) en est l’exemple extrême, et un bijou. Après avoir lu ce roman, il y a deux ans, j’ai remis ses 79 chapitres dans l’ordre (de 1936 à 1992), et entrepris une nouvelle lecture. Ça aide à comprendre et apprécier, et offre même une seconde vie à l’histoire, mais ne constitue pas pour autant une critique de la composition telle que l’auteure l’a pensée.

Va donc, pour l’a-chronologie, qui est d’ailleurs plus proche de la façon dont nous nous souvenons d’événements et reconstruisons un récit. Le problème — pour moi — c’est les changements de perspective.
Regardez le début de ce chapitre Deux, où “ma sœur”  raconte l’histoire. Remarque, malgré la première phrase, elle ne “poursuit” rien du tout. Peu importe. L’auteur raconte comment elle raconte ce que lui il a dit. Et y ajoute ses propres commentaires. C’est ingénieux comme construction littéraire, vertigineux même — chapeau! — mais quand moi j’essaie de monter dedans, je me ramasse.

J’ai pourtant essayé plusieurs fois.
Voilà pourquoi je ne lirai pas “Histoire de la violence”.
À mon regret.

 

delirious Montana — aux origines insoupçonnées d’Euralille ❧

Euralille-1993.001

Rem Koolhaas et l’Office for Metropolitan Architecture (OMA), ont-ils trouvé l’inspiration pour le projet Euralille à New York — delirious New York — ou dans les petites villes céréalières et ferroviaires des Grandes Plaines — Great Plains — nord-américaines?

Lors de mon voyage au Montana, l’été 2016, j’ai été frappé par la proximité formelle — et dans une certaine mesure fonctionnelle — entre les petites villes des Grandes Plaines (quelques centaines à quelques milliers d’habitants), construites aux début du vingtième siècle autour d’une gare, et le quartier Euralille, réalisé trois quarts de siècle plus tard.
Voici Delirious Montana, un nouvel épisode dans la (petite) série AAA.

* * *

Le hasard m’avait fait m’arrêter à Stanford (400 habitants), chef-lieu de Judith Basin County. Mais ça aurait pu être ailleurs.
Quant aux photos de ce petit album, de Lille comme de Stanford, elles n’ont pas toujours été choisies pour la seule raison de témoigner de la parenté entre les deux sites. Initialement, deux ou trois images auraient suffi. J’ai aimé ajouter plusieurs autres photos, anciennes et récentes, qui témoignent de ces lieux.

* * *

Pour AAA, la série dont le nom varie au gré des saisons et des sujets, vous trouvez aussi:

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