Jef Van Staeyen

Catégorie : Photographie (Page 1 of 10)

la Bourse de commerce à Anvers ❧

 

 

Quand la vieille bourse d’Anvers (de 1515) dans la Hofstraat était devenue trop petite, une plus grande bourse, en style gothique tardif, fut construite en 1531-1532 sur un terrain à la rencontre de quatre rues (Twaalfmaandenstraat, Israëlietenstraat, Borzestraat et Korte Klarenstraat). Détruite par un incendie en 1583, elle fut immédiatement reconstruite. Après de vifs débats, elle reçut une couverture vitrée de conception moderne en 1852-1854, qui brûla toutefois en 1858. La deuxième reconstruction, de 1868 à 1877, s’est faite selon un projet néo-gothique inspiré du bâtiment original. Elle combine, elle aussi, une architecture ancienne (la galerie) avec un couverture contemporaine.
La bourse d’Anvers a servi de modèle à celles de Londres, Amsterdam, Rotterdam et Lille. Mais une de ses caractéristiques architecturales et de n’avoir presque pas de façades. Le projet de reconstruction élaboré en 1858 prévoyait la création d’une place entre la Meir (rue principale de la ville) et la bourse, mais cette idée ne fut jamais mise en œuvre.

Le marché boursier anversois fut fermé en 1997 et transféré à Bruxelles, et les autres activités (bals, foires, manifestations politiques…) durent s’arrêter quand le bâtiment fut fermé à cause des risques d’incendie. Après vingt ans de vacance, le bâtiment vient d’être entièrement renové, et accueille désormais un hôtel et un lieu d’événements, ce qui réduit toutefois les possibilités pour le visiter.

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le Canal du Midi (et celui de la Garonne)

 

 

Ici, allez directement aux 29 photos (du Canal du Midi, du Canal de la Garonne, du Canal du Nivernais, et même un peu du Marais Poitevin).

 

En juillet 2014, et puis au mois d’août 2017, j’ai participé à une découverte en vélo, d’abord du Canal du Midi, dans sa version de Toulouse à Port-la-Nouvelle — la dernière partie étant une bifurcation via Narbonne, car le canal principal continue via Béziers jusqu’à Sète —, et plus tard celui de la Garonne, de Toulouse à La Réole, près de Castets-en-Dorthe où la navigation vers Bordeaux se poursuit dans le fleuve. Une vingtaine d’amis, et d’amis d’amis, dirais-je, pour des trajets de camping à camping (non réservés en juillet 2014, réservés en août 2017), toutes les affaires étant transportées dans des voitures aux volants desquelles on se relayait. Ce ne fut pas une épreuve à but sportif (d’aucuns l’ont regretté), ni un trajet culturel, qui nous aurait permis de nous arrêter longtemps devant le patrimoine artistique, architectural et de génie civil, mais plutôt l’occasion d’être ensemble, de profiter de l’espace et du temps, au demeurant fort variable, et de se dégourdir les jambes.

Cela ne nous a pas empêchés, toutefois, de découvrir et d’admirer de nombreuses merveilles, créations de la nature et/ou du génie humain.

D’autres vacances en vélo, en 2006 sur les bords des canaux de Bourgogne, m’avaient inspiré a écrire un récit-témoignage: reflets dans l’eau, publié sur ce site.

le génie hydraulique

Léonard de Vinci était un homme de qualités. Tant de qualités qu’on a parfois tendance à en rajouter. Ainsi, on le présente comme l’inventeur de l’écluse – ce n’est pas exact, mais il a beaucoup contribué à leur perfectionnement. Grâce aux améliorations technologiques des 15ème et 16ème siècles en Italie, dans les Pays-Bas et en France, il devenait possible de réaliser des canaux qui franchissent les montagnes. Toutefois, pour ce faire, il fallait réaliser des échelles d’écluses, et des souterrains, et d’énormes réservoirs pour alimenter les biefs de partage. Le premier canal à partage (comme on appelle ces canaux qui relient deux bassins de rivière) était le Canal de Briare, projeté en 1604 et réalisé de 1605 à 1611, et – après une interruption des travaux – de 1638 à 1642. Il reliait (et relie toujours) la Loire (à Briare) et le Loing, qui est un affluent de la Seine. Il comptait une quarantaine d’écluses, dont plusieurs étaient regroupées en trois échelles. À Rogny-les-Sept-Écluses, on peut toujours admirer une telle échelle, bien qu’elle ne soit plus en service depuis 1887.

rivieres et canaux de France

Les canaux, rivières canalisées et rivières navigables de France
(y compris les canaux déclassés),
avec en gras les canaux de jonction entre les différents bassins fluviaux
jvs 2006, d’après l’ouvrage “Un canal, des canaux”

Une autre liaison importante, celle du Canal du Midi, bénéficiait également de l’attention du pouvoir. En 1539, 1598, 1618 et 1633… plusieurs projets furent élaborés, mais aucun n’a pu être réalisé. Les problèmes de financement et ceux de l’alimentation en eau du bief supérieur s’avéraient insolubles. En fin de compte, c’est Pierre-Paul Riquet, fermier des impôts en Languedoc et en Catalogne, qui réussit à résoudre tant les problèmes financiers que techniques, entre autres par un examen minutieux des petites rivières et des ruisseaux dans les environs de Revel (dans la Montagne Noire du Haut Languedoc), qui allaient assurer l’alimentation du canal. Il réussit également à convaincre le roi Louis XIV et ses ministres (notamment Colbert) de l’intérêt de son projet, contribua lui-même au financement (moyennant la gabelle – les recettes de l’impôt sur le sel) et, après un appel d’offres en 1666, fut désigné comme entrepreneur des travaux. Le canal fut achevé en 1682, et inauguré en 1685. Puisqu’il avait pour but de relier la Mer Océane à la Mer Méditerranée, et ainsi de mettre fin à la dépendance de la France à l’égard de l’Espagne et de Gibraltar – le canal devait même ruinerl’Espagne – l’événement était marqué par une vingtaine de bateaux chargés de produits exotiques. Le canal culmine à 192 mètres (près du Col de Naurouze), où son bief de partage est alimenté par un ingénieux système de rigoles, de souterrains et de retenues d’eau. La principale rigole a une largeur de six mètres et une longueur d’environ 30 km. Le GR7 permet de la découvrir.

De Toulouse à Sète, le Canal du Midi mesure 241 km. Il compte de très nombreux ouvrages d’art, dont trois ponts-canaux et 101 écluses. Parfois celles-ci sont groupées en échelles, dont la plus belle et la plus célèbre se trouve à Fonsérannes, près de Béziers: neuf écluses pour franchir 21 mètres; elles sont toujours en service. Caractéristique du Canal du Midi est la forme ellipsoïdale des écluses, pour assurer la stabilité des parois maçonnées. Ce principe, déjà présent dans les canaux italiens plus anciens, fut ensuite abandonné – surtout pour des raisons propres à la navigation. Le Canal du Midi était une réussite économique et financière – ce qui ne pouvait se dire de tous les canaux. Pour améliorer encore la liaison, il fut décidé en 1828 d’améliorer la navigation sur la Garonne (donc de Toulouse à Bordeaux): le long de la rivière, un Canal latéral à la Garonne fut réalisé. Il fut achevé en 1856.
(fin de l’extrait)

histoires d’eaux

Le Canal du Midi, achevé 1682, et le Canal de la Garonne (ou, anciennement, latéral à la Garonne), achevé en 1856, bien que remplissant la même fonction de support à la navigation, sont donc tout à fait différents, l’un de l’autre. Le premier relie une rivière plus ou moins navigable, la Garonne, à un autre bassin, celui du Rhône et de la Méditerranée. Pour ce faire, il doit passer sur un col, ou seuil, ici le seuil de Naurouze, à une altitude de 192 mètres. De nombreuses écluses sont nécessaires pour atteindre ce niveau, et puis pour redescendre. Dans d’autres canaux, comme celui du Canal de Bourgogne, on préfère parfois de réaliser un tunnel pour écréter le point culminant (le tunnel de Pouilly-en-Auxois, construit en 1808, d’une longueur de 3333 mètres, sur une altitude de 377 mètres). Mais le défi le plus important, pas toujours aussi visible, ou reconnaissable, est celui d’alimenter le canal en eaux. Le bief culminant (ou bief de partage) ne correspond à aucune rivière, et il faut chercher des ressources en eau à plusieurs kilomètres, ou dizaines de kilomètres. Capter des sources, capter des ruisseaux, réaliser de longues amenées de cette eau, parfois en creusant des tunnels sous les montagnes, et réaliser des réservoirs, des lacs articiels, pour stocker les eaux abondantes du printemps et pouvoir les utiliser en été. Si l’on y ajoute l’absence de moyens mécaniques, on comprend pourquoi ces vieux canaux s’inscrivent avec soin dans le relief du pays, et comprennent de très nombreux petits ouvrages pour assurer un niveau d’eau stable et régulier, pour capter des eaux quand nécessaire, les rejeter quand elles sont trop abondantes (par les déversoirs, ou épanchoirs), ou pour croiser, moyennant un pont-canal, un ruisseau.

Le Canal de la Garonne a pour objectif de se substituer à une rivière, la Garonne, dont la navigabilité naturelle peut-être difficile ou irrégulière, à cause du dénivelé (132 mètres d’altitude à Toulouse, 4 mètres à Castets-en-Dorthe, près de La Réole ), de l’étiage ou de la surbandance d’eaux. La réalisation d’un canal latéral est la solution la plus radicale. Ailleurs, on peut voir des rivières qui sont elles-mêmes canalisées, où chaque écluse est accompagnée d’un barrage qui arrête ou au contraire laisse passer le flux d’eau, ou des rivières dont seulement certaines parties sont canalisées. [L’Yonne, ou Canal du Nivernais, est un exemple particulièrement intéressant de ce type d’aménagement hydraulique.]
L’enjeu d’un canal comme celui latéral à la Garonne est donc moins de chercher des ressources en eau, mais plutôt de bien gérer, dans le temps, celles qui sont présentes. La Garonne étant un grand cours d’eau, un problème supplémentaire peut être la rencontre avec ses affluents, ou son francissement quand il s’agit de continuer sur l’autre rive. Combiné avec la relative jeunesse du canal, deux siècles plus jeunes que son frère du Midi, ceci implique que le Canal de la Garonne possède moins de ces petits ouvrages qui font la qualité du Canal du Midi, mais au contraire deux impressionnants ponts-canaux, le premier franchissant le Tarn à Moissac (356 mètres), et le second la Garonne même à Agen (539 mètres). Preuve de son intérêt économique (passé), il comprend même une étonnante pente d’eau à Montech, ouverte en 1974 et, certes, mise hors service depuis 2005. La navigation de plaisance qui fréquente aujourd’hui le canal utilise les cinq écluses auxquelles le plan incliné devait se substituer.

du plaisir de faire du vélo

Les chemins de halage des canaux du Midi et de la Garonne ne sont pas très confortables et, à vrai dire, je m’en réjouis. Si les chemins de halage du Canal de la Garonne sont goudronnés sur la totalité du trajet (certes pas toujours d’un goudron lisse, les racines des arbres ayant fait leur travail), on ne peut dire la même chose de ceux du Midi, qui sont parfois sablonneux, irréguliers et étroits. C’est un inconvénient majeur pour le cycliste qui aurait mis ses bagages dans une remorque à deux roues, car son écartement peut être trop large pour le chemin, mais pour les autres ça évite d’être dérangés par les champions de la vitesse, pour qui le canal n’est qu’une piste. Et même les VTTistes y sont rares. On peut donc se promener à vélo.
Car telle était mon agréable surprise, pour un itinéraire dont tout le monde parle partout, et au sujet duquel on publie d’agréables guides, c’est qu’en dehors des traversées des grandes villes, ou de leur périphéries immédiates, ou près des ouvrages majeurs (les deux grands ponts-canaux), les chemins sont calmes, voire très calmes. Alors que nous étions en juillet ou en août, et que nous avons subi toutes sortes de météo: chaud, voire très chaud, et ensoleillé, avec un peu de grisaille et une brève averse en juillet 2014, et très changeant, avec de sévères averses, en août 2017. Le tourisme de masse n’est (n’était?) pas encore partout. Et il me semble même que les campings n’étaient pas pleins. [C’est parce que nous étions nombreux, qu’une réservation s’imposait au mois d’août 2017.]

Je vous donne ici quelques (trop rares) photos. Celles (plus nombreuses) avec les amis, je les garde ailleurs. Ce n’est même pas un reportage, avec les (grands) ouvrages rencontrés. Désolé. Mais je complète avec quelques photo du Canal du Nivernais et même du Marais Poitevin. Dans ce dernier cas, il s’agit d’un passage à barques, positionné à côté d’un barrage. Ce type de solution était utilisé avant l’introduction des écluses aux 10ème (Chine) et 14ème siècles (Hollande). Il ne sied qu’aux embarcations de petite taille.

 

 

 

voisins en temps de corona ❧

acht fotos buren in tijden van corona

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À travers ces quelques photos, je veux partager avec vous comment se comporte mon quartier en temps de corona. Pas trop mal, je dirais. Avec les draps aux fenêtres, les dessins aux grands cœurs, les ours et les ballons…
Ce que vous ne voyez pourtant pas sur mes photos, c’est les gens: les promeneurs, les cyclistes, les gens dans le parc, ou installés sur une chaise devant chez eux, sur le trottoir — comme je ne l’avais plus vu depuis fort longtemps. Je ne suis pas doué pour la photographie des gens, surtout inconnus, et, de surcroît, nous mouvons tous sur les limites de ce qui est permis. En ces temps de corona. Autant ne pas prendre en photo.

L’urbaniste Nicolas Soulier a publié en 2012 Reconquérir les rues. Ses collègues, dont moi, l’ont tous lu, mais pas assez appliqué. Il y plaide pour les “frontages” (les jardinets donnant sur la rue) comme espaces de transition entre les habitations (privées) et la rue (publique). Ce que dans une ville comme Montréal on voit bien. [Lisez ici mon reportage photo au sujet des rues de Montréal.] La qualité et l’habitabilité d’une rue dépend beaucoup de ces espaces de transition, et de la façon dont ils sont aménages et utilisés. Elle dépend aussi de l’échelle des bâtiments, où chaque porte dessert un nombre limité de logements: il y a beaucoup de portes dans la rue, elles se suivent à courtes distances, les fenêtres et les balcons donnent sur la rue, et aucun logement n’est trop éloigné (placé en grande hauteur), car pour ceux qui habitent trop haut, la rue n’existe même plus. Les “frontages” sont végétalisés (j’évite le verbe “plantés” et ses contresens), et ils accueillent les vélos, les poubelles et les rampes d’accès, voire quelques tables et bancs pour s’asseoir dehors. On y est à la fois dehors et dedans, et on peut bavarder avec un passant sans sortir de chez soi ou de l’y accueillir.
Ce que j’ai vu lors de ma promenade “corona” confirme les idées de Nicolas Soulier: on aperçoit très peu d’ours, de draps ou de dessins aux fenêtres des grands immeubles, qui parfois ne donnent même pas sur une rue.

samedi 4 avril 2020, lever du soleil dans ma chambre ❧

Je ne sais pas si cette œuvre va me permettre d’être publié dans le journal De Standaard (qui fait paraître des reportages faits par des photographes condamnés à ne pas voyager), toujours est-il que moi aussi je me suis lancé dans la nouvelle discipline de la photographie domestique. Même avant de me lever.

20 plaatjes van de zonsopgang in mijn kamer

Je raconte. Mon appartement est très ensoleillé. Le séjour coté rue est baigné de lumière. Mais les chambres côté jardins n’ont que très peu de soleil. Les matins passés, je me suis émerveillé de la façon dont le soleil du matin éclaire lentement les murs de ma chambre. D’abord avec un grand rectangle aux contours flous. Sa couleur est froide, c’est la lumière du ciel. C’est ensuite que se dessinent, lentement, du haut vers le bas, des rectangles plus étroits, aux contours plus nets, et d’une couleur chaude. C’est la lumière directe du soleil, qui reproduit les silhouettes des fenêtres. Or ces bandes se déplacent avec le soleil, avant de disparaître, et de ne revenir que le lendemain, pendant que d’orange elles deviennent jaunes et puis blanches. En tous cas pour nos yeux. J’ai pris ces photos en position couchée (au lit), avec un petit Canon PowerShot SX200 IS au réglage automatique dans la main.

Post scriptum: pourquoi avons nous un mot pour l’ombre, mais pas pour les taches de lumière dans un espace ou sur une paroi sombres ?

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