Jef Van Staeyen

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n’oublions pas Mr. Fenchel — À l’est d’Eden, John Steinbeck

Par les temps qui courent — la guerre en Ukraine, s’entend — il peut être opportun de relire ce bref extrait du roman “À l’est d’Eden” de John Steinbeck. La scène se passe à Salinas, en Californie, fin 1917 ou début 1918, alors que les États-Unis sont entrés en guerre contre l’Allemagne. Par un souvenir de jeunesse personnel, Steinbeck avertit ses lecteurs des risques d’amalgame, entre un pays ennemi (dans ce cas l’Allemagne) et ses ressortissants (les Allemands), surtout quand ils ont la malchance d’habiter là où l’on aimerait ne pas les voir (un paisible Allemand, Mr. Fenchel, parmi ses concitoyens états-uniens).

Le fichier joint donne d’abord ce bref extrait en anglais, et puis deux traductions, d’abord en néerlandais, et puis en français: “We had our internal enemies too, and we exercised vigilance.”

 

Trois petites remarques:

  • C’est en passant à la Grande bibliothèque du Québec à Montréal que j’ai pu copier le texte français. [Certes, il doit y avoir beaucoup d’autres lieux où le trouver, mais là c’était le plus pratique.] Cette bibliothèque est sublime!
  • La traduction française de 1954, pourtant rééditée en 2007 (!) — et toujours diffusée — comprend dans ce bref extrait de deux pages: (1) une grosse erreur, (2) une petite erreur et (3) une faiblesse. Je me suis permis de les corriger — et m’interroge sur la qualité du reste du texte.
  • Dans le contexte socio-économique actuel The Grapes of Wrath (Les raisins de la colère), également de John Steinbeck, 1939, mérite également d’être (re)lu. Si vous ne lisez pas tout, lisez au moins le chapitre 19 (page 240 et suivantes): “…cette grande vérité: lorsque la propriété est accumulée dans un trop petit nombre de mains, elle [leur sera] enlevée… et cette autre, qui lui fait pendant: lorsqu’une majorité a faim et froid, elle prendra par la force ce dont elle a besoin…“.

trésor de la langue française

chers amis francophiles,

Il m’a fallu du temps pour découvrir ce joyau. Cette perle. Ce bijou. Cette pépite de la langue française.
C’est un article du Monde du 19 mars — Réforme du calcul de l’APL [aide personnalisée au logement]: le cauchemar des agents de la CAF [Caisse des allocations familiales] — qui m’a fait tomber dessus: la contemporanéisation.
En bref, il s’agit de calculer le montant des aides mensuelles (aujourd’hui l’APL, demain aussi d’autres) sur les données les plus récentes. Alors que dans le passé c’étaient les revenus de deux ans plus tôt qui servaient de référence. Maints ménages et maintes personnes se sont fait piéger par ce mode de calcul, dont la suppression fera aussi — qui s’en étonnerait? — quelques économies au budget de l’État.

Il faut penser que les têtes d’œuf, c’est-à-dire les consultants qui ont conseillé l’État — car c’est le consultant qui conseille, et celui qui cherche des conseils qui consulte… sauf en médecine, où la consultation est bidirectionnelle quand le patient consulte un médecin qui consulte… —, après avoir mûrement réfléchi, se sont laissé tomber la tête fatiguée sur le clavier de leur mac au moment où il s’agissait de trouver un nom pour la chose. Il en est résulté une incompréhensible succession de suffixes, produisant le substantif contemporanéisation, véritable piège orthographique, sans oublier son incommensurable imprononçabilité. Je suppose alors que les agents de la CAF, et autres personnes martyrisées par le calcul des aides, se cassent la tête (la leur, et parfois celles des autres) quand il s’agit de contemporanéisationner.
À l’imparfait du subjonctif, ça doit donner: je ne m’imaginais pas que nous contemporanéisationnassions autant.

Je précise toutefois que le verbe contemporanéisationner n’existe pas encore. À mon avis, il ne manquera pas d’apparaître, vu la tendance à créer de nouveaux verbes en “tionner” chaque fois qu’un problème se présente (qu’un verbe initial semble oublié, ou trop difficile à conjuguer), ou pour signaler un léger décalage de signification. Pensons à solutionner, révolutionner, questionner, positionner, voire acquisitionner et libérationner.
À l’inverse, il n’est pas impossible que dans les services, on parle plutôt de la contempoSi vous avez un instant, madame, je vous fais votre contempo!

Mais la véritable perle, je l’ai trouvée ailleurs. On comprend que dans la contemporanéisation, il s’agit d’accorder les temps — pour qu’ils concordent —, de les synchroniser: le temps du revenu et celui de l’aide. Or, ce n’est pas facile, ce qui a conduit, il y a quelques années déjà, à décaler les temps, à repousser la réforme, à l’ajourner, retarder ou postposer, à la reporter — la langue française a plus de verbes pour reculer que pour avancer; on postpose partout mais ne prépose qu’à la poste —, c’est-à-dire au report de la contemporanéisation, comme on pouvait lire dans ce joli titre sur le site web de l’USH (uëssache).

Plutôt que de report, je serais tenté, pour ma part, de parler de temporisation:  la temporisation de la contemporanéisation.
Évitons néanmoins d’envisager une contemporanéisation temporisationnée.

Sol Lewitt au Musée Juif de Bruxelles ❧

Jusqu’au 1er mai (2022), le Musée Juif de Belgique expose quelques œuvres de Sol Lewitt (1928-2007).
En 2013, j’ai pu voir son travail au Massachusetts Museum of Contemporary Art (MASS MoCA) à North-Adams (au Massachusetts, ça va sans dire). L’œuvre de Sol Lewitt se distingue de la production plastique “courante” par le fait qu’elle ne se réduit pas aux objets matériels créés, ni à des “performances“. Ce que l’on voit n’est pas l’œuvre même, mais une exécution, une représentation de celle-ci. Pensons à un concert, où l’on entend pas une partition, mais une exécution de celle-ci.

L’expo au Musée Juif est beaucoup plus petite, mais aussi passionante et intense.

 

Cliquez ici, ou cliquez sur l’image.

Ferrare, de sang et de sueur ❧

Ceci est la traduction tardive d’un texte en néerlandais, publié sur ce site en juin 2018, après mon voyage ferroviaire en Italie.

 

Commençons avec Goethe.

Zum erstenmal überfällt mich eine Art von Unlust in dieser großen und schönen, flachgelegenen, entvölkerten Stadt. Dieselben Straßen belebte sonst ein glänzender Hof, hier wohnte Ariost unzufrieden, Tasso unglücklich, und wir glauben uns zu erbauen, wenn wir diese Stätte besuchen.
Ferrara, den 16.
[Oktober 1786] nachts.

De toutes les villes italiennes que j’ai visitées ce printemps, Ferrare était la seule où Goethe est passé, dans son Italienische Reise: « Pour la première fois je suis surpris d’une sorte de déplaisir, dans cette ville grande et belle, plate, dépeuplée. Autrefois, une cour brillante animait ces rues; ici demeurèrent l’Arioste, mécontent, le Tasse, malheureux. Et nous croyons nous édifier en visitant ce séjour! » (traduction Jacques Porchat, révisée par Jean Lacoste, 2003). Je n’ai pas suivi les conseils de Goethe, qui a quitté la ville au lendemain de son arrivée.

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