Jef Van Staeyen

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visages du Rouergue — Gérard Vabre photographe

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Le Moulin de Roupeyrac, à Durenque, en Aveyron (ou Rouergue), est la maison natale de François Fabié, écrivain et poète rouergat, qui vécut de 1846 à 1928. C’est également un musée, lieu d’expositions, d’activités culturelles et de loisirs.
Du 25 juin au 3 septembre 2011, à l’initiative de l’association l’Amitié François Fabié et de son président Jean-François Costes, cette maison a accueilli une petite sélection de photos de Gérard Vabre. Il y raconte son village — Sever — et surtout ses habitants: visages du Rouergue.

De 1977 (il avait alors 23 ans, et étudiait la sociologie à Toulouse) à 2010 (il est urbaniste à Cherbourg), ce sont 39 photos ou groupes de photos que Gérard Vabre présentait dans cette exposition. Prises lors de ses nombreux retours dans son pays, elles montrent son amour des gens et son émerveillement, qu’il partage avec nous.

Gérard Vabre m’avait demandé de réaliser ensemble le catalogue de l’exposition. Ce me fut un plaisir. Voici son contenu:

Sous les photos d’hier se cachent les images de demain. Les images d’une réconciliation attendue : réconciliation avec la nature, réconciliation avec le travail, réconciliation avec nous-mêmes. L’œil du photographe nous montre l’essentiel. Il voit encore — non : il voit déjà — ce que nous autres, nous n’avons pas perçu. Là est tout l’intérêt de cette exposition. Photographier, c’est voir, et c’est choisir. Parfois, comme ici, c’est l’art de pré-voir l’avenir.

éloge de l’écrivain visionnaire

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Suddenly Winnie-the-Pooh stopped, and pointed excitedly in front of him. “Look!”
“What?” said Piglet, with a jump. And then, to show that he hadn’t been frightened, he jumped up and down once or twice more in an exercising sort of way.
“The tracks!” said Pooh. “A third animal has joined the other two!”
“Pooh!” cried Piglet “Do you think it is another Woozle?”

“No,” said Pooh, “because it makes different marks. It is either Two Woozles and one, as it might be, Wizzle, or Two, as it might be, Wizzles and one, if so it is, Woozle. Let us continue to follow them.”

Winnie-the-Pooh et son copain Piglet suivent des traces de pieds (de pattes)… qui sont les leurs. Cet exemple montre que la célèbre scène de Dupond et Dupont dans Tintin et le Crabe aux Pinces d’Or (1940-1941) est plus ancienne qu’on ne pense, car A.A. Milne l’a écrite quinze ans plus tôt (1926) dans le chapître 3 de son Winnie-the-Pooh.

En langue savante, ce que montre A.A. Milne avec Winnie-the-Pooh (et plus tard Hergé avec Dupond et Dupont) s’appelle le biais cognitif de confirmation, conceptualisé en 1960 par le psychologue britannique Peter Wason (1924-2003). L’esprit humain privilégie les informations qui confortent ce qu’il pense — ici: nous sommes sur le bon chemin —, et rejette les informations contradictoires.

L’imagination de l’écrivain (Milne) et du dessinateur de bédé (Hergé) a précédé les travaux du chercheur scientifique (Wason). Ici, c’est un des artistes (Hergé) qui a le mieux su populariser l’idée — ses dessins sont célèbres —, le nom Wason et le terme biais cognitif de confirmation sont réservés aux sachants. Mais dans d’autres cas, c’est la créativité anticipatrice des artistes qui est méconnue, visionnaire et précurseur de ce que des scientifiques ont découvert et (dans un certain sens) popularisé des décennies, voire des siècles plus tard.
Ce texte donne trois exemples (peut-être que j’en trouverai davantage), avec Thoreau (la vitesse généralisée), Balzac (l’automobilité) et Steinbeck (la classe créative et la gentrification).

la joyeuse entrée de l’automobile en Belgique

Ce qui semble évident aujourd’hui — en tous cas pour les automobilistes —, la suprématie de la voiture dans l’espace public, ne l’a pas toujours été.
Une évolution extrêmement rapide — au fait: une révolution — a radicalement modifié le statut et l’usage des espaces publics il y a 100 ans.
Donald Weber le décrit très bien, et nous étonne par ce que nous ignorions, ou ne voulions pas savoir, dans >De blijde intrede van de automobiel in België (2010), un ouvrage très documenté basé sur >une thèse de doctorat en histoire à l’Université de Gand en 2008.

Pour le lecteur français, voici l’essentiel de l’ouvrage.

 

Jean Migault, journal d’un réfugié ❧

En avril 1688, le pasteur Jean Migault, maître d’école et notaire à Mougon (Poitou), accompagné de cinq de ses enfants, s’est embarqué à La Rochelle pour fuire son pays et les dragonnades de Louis XIV, et refaire sa vie en Hollande. Quelques fils ainés l’avaient précédé. Un an plus tard, en 1689, Jean Migault a mis la dernière main à son Journal, démarré dès 1683. Chacun de ses enfants en a reçu un exemplaire manuscrit. “Puis que tu te plais à lire mon écriture, je me suis diverty ces derniers jours à t’en faire une bonne provision pour ton premier jour de l’an prochain, qui sera environ le temps que tu recevras ce paquet. Je croy que tu en seras surpris, et que tu n’attends pas de recevoir des estrennes de cette natture.” (dédicace à son fils Gabriel, dans le manuscrit trouvé à Brême) “Je crois que, tant que nous vivrons, il nous souviendra de cette triste nuit”, décrit-il une tentative antérieure, en décembre 1687, pour quitter le pays.

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